mardi 10 juillet 2018

arbre fruitier dans un quartier fantôme


elle dit qu'elle sait
elle dit qu'elle sait qu'elle fait peur
elle dit qu'elle sait qu'elle fait rêver
que les cauchemars reviennent qui la lessivent qui la nettoient
que la vérité transite aussi parfois à travers ça 

qu'elle peut lire la ville
les zones mortes
le squelette des arbres
le nom truqué des rues
les symboles volés au peuple
le travelo qui pleure comme un chat la nuit passque vendu à sa naissance

qu'elle touche un maigre salaire
qu'elle a un crédit à payer
que 19 euros son entreprise appelle ça une prime d'intéressement
que son entreprise s'étonne du manque d'implication de ses collaborateurs
qu'elle ne manquera jamais de rien tant que sa fille restera sa meilleure amie

qu'elle a dit ta gueule à son père et à sa vengeance divine
son père sa nouvelle femme son travail ses collègues
sa nouvelle nouvelle femme
son père si prévisible
son père qui ne rate aucune élections
son père qui veut un nouveau chef et non pas un nouvel idéal
que manger ses parents elle comprend

que pendant ce temps
une dame cherche une compilation d'opérettes pour des funérailles
que pendant ce temps
un type se déboîte la hanche en faisant  un bras de fer
que pendant ce temps deux jeunes pénétrent dans la galerie marchande en scooter et se vengent d'un vigile en le gazant 
que pendant ce temps
deux mamies basket disent
que si tu veux être bien ça a un coût
que pendant ce temps
leurs maris constatent que les tables de jardin ne sont pas soldées
et que le ministre du budget est en réalité un évadé fiscal
un brave type mais aussi un sublime salopard

qu'elle n'est pas sûre de grand chose ces temps-ci
qu'elle vagabonde entre la colère et l'empathie
que ça fait du bien d'être superficielle quand tout est si absurde
que les corporations nous formatent
que nos modèles nous intoxiquent
nous réduisent à des figurines en arrière plan
à des bibelots
qu'elle se drogue de siestes crapuleuses et de sandwichs avec un pur poète
qui la compare à un arbre fruitier dans un quartier fantôme ou peut-être l'inverse
qu'elle le trouve beau quand il saigne
qu'elle lui prodigue les premiers soins sans le moindre pansement
qu'elle vient de jouir et qu'elle se sent enceinte de trois mois
culs nus dans la mer
leurs sourires les enlacent
elle lui dit qu'elle venait d'avoir treize ans quand l'infirmière scolaire lui lécha la nuque pendant une consultation
et que tous ces gens tatoués ne lui donnent pas du tout envie de l'être
et que sans jus de citron elle ne pourrait tout simplement pas vivre

vin des abeilles
venin des vivants
psychotraumatismes
peut-être qu'avant d'être blessés les monstres n'en étaient pas en fait
pensées secrètes qu'elle envoie au ciel

vendredi 6 juillet 2018

lâcher prise


quand l'improvisation devient un boulot
autant se trouver un vrai travail 

ciel pariétal
c'est un coup à devenir sentimental l'arrivée de la pluie qui emporte tous ces trucs funèbres
le ressentiment
l'autoflagellation
les attentats à la sandale et au pantacourt

même pas il vomit
le sorcier
même pas il sourit aux publicités qui le flattent en permanence
le sorcier
même pas il veut se venger de la classe dominante

lui dont la mère institutrice refusait son homosexualité
lui dont le père journaliste avait un amant
lui et son état second
il gobe les pintes
il y a des choses dont il a envie de se souvenir
et d'autres qu'il ferait mieux d'oublier
(comme si on avait le choix)
nulle part c'est jamais très loin
il y a des choses et nulle part c'est toujours par là

il fait n'importe quoi et ça marche
il y a tout ce vide à raconter
les agressions
les cauchemars
les mécanismes de la magie
les engrenages de l'univers
la course des légendes dans les rues
les matches amicaux qui ne le sont jamais vraiment
et les couleurs qui parlent
et les couleurs qui disent quoi  hein
tour de force
lâcher prise
le chagrin et la frustration ont toujours été là nom de dieu de merde
qu'ils y restent 

mardi 3 juillet 2018

l'été du chien


la mort
les excréments
tout est farce cruelle
et tous mes projets sont absurdes
à croire que ce monde nous donne un cœur juste pour nous le briser
je m'en branle
je viens de m'en trouver un autre que je me bricole

pas mal ce mélange de spiritualité et d'alcoolisme
pas mal ce mélange de jemenfoutisme et d'ambition
mes proches s'éloignent et j'esquive mon prochain
personne n'a le cul propre en permanence
et je ne laisse personne rêver pour moi

surtout pas les classes moyennes
surtout pas tes potes sous produit
surtout pas ceux aux âmes décrépites par un boulot à la con
surtout pas celles qui ont tant besoin d'être applaudies

c'est l'été du chien
la lumière est comme ça
la peau fait comme ça
des choses brûlent dans le frigo
c'est l'été du chien
les moucherons sont revenus
les retraités disparaissent
les trains écrasent les jeunes mamans

c'est l'été du chien
et je boxe en slip
ciel violet du panorama qui est une fête sans bruit

un truc brille dans mon imagination
qui donne des fusées à mes omoplates
et des oiseaux à mes murmures porteurs
et du vin iroquois à mes blessures fondatrices

moment sans oui
moment sans non
fréquences qui me droguent sans que je puisse savoir avec certitude s'il s'agit d'une complète communion
ou d'une totale annihilation
pure félicité en attendant
pure félicité

mardi 26 juin 2018


putain je sens que je vais encore oublier de rentrer chez moi (1997)



non non
il ne pleut pas
c'est moi qui pleure en souriant
alors la petite voix que je porte
continue de me parler comme si de rien n'était
mais toujours brûlante contre ma tempe
mais toujours loin du cœur
le plus loin possible d'ailleurs
le plus loin possible

c'est comme ça que je me retrouve comme un con
suspendu de mes fonctions
à faire des courts-circuits dans le jus de mon propre jus
des pertes plus amples de connaissance

d'un coup il n'y a plus aucun suspense
d'un coup il n'y a plus qu'une seule image
partout et fixe de face
la bouche armée de patience d'un calibre quelconque

va falloir que le cœur redevienne cet organe creux dans la poitrine
va falloir réagir quoi
tout en sachant que ça risque d'être encore pire

le rêve étrange continue
le rêve étrange continue

putain je sens que je vais encore oublier de rentrer chez moi
putain je sens que je vais encore oublier de rentrer chez moi
putain je

vendredi 22 juin 2018

grands cercles du ciel rouge


l'usine désaffectée a fait disparaître sa douleur
l'usine désaffectée
seul refuge possible après la visite de l'inquisitrice

ton père est un traitre
ta mère est une catin
joyeux anniversaire ma chérie
merci mamie
(putain de matriarcat)

il y a le lundi
le mardi
le mercredi
le jeudi
le vendredi
le samedi
le dimanche
et puis il y a surtout la direction du vent pour différencier les jours
et influencer les corps
(lenteur violente qui lui fait le plus grand bien)

elle qui est plutôt sauvage
elle qui est plutôt jolie
elle qui aime danser
elle qui aime se déshabiller
elle qui regarde dans les yeux juste pour voir

sa réputation est terrible
elle s'en fout comme de son premier tampon
elle s'amuse beaucoup
sûrement beaucoup trop
elle n'écoute pas les anciens
sûrement pas assez
elle ne fait pas de sport
elle ne va pas à l'église
elle se déplace uniquement en stop
elle ne prend pas assez soin d'elle
elle est mal
elle veut avoir mal
il lui est déjà arrivé de se réveiller en prison et elle ne parle pas forcément de cette planète

y a que les animaux qui lui redonnent son centre de gravité en fait
enfin pas tous
les animaux
les animaux qui nous nomment en secret
les animaux et non pas les gens qui se prennent pour des gens bien
anges sournois qui veulent contrôler l'incontrôlable
leur vie saine les rend insipides

travaille et rigole et tu gagneras toujours
contre la propagande que nous implante le gouvernement
lui dit le mec bourré au bar
le mec bourré qui ne veut pas se marier
le mec bourré qui aime les femmes mais qui préfère picoler avec ses potes
il porte un bouc
et des lunettes de soleil sur le crâne
(mais travaille et rigole c'est aussi de la propagande mec)

elle connait cette ville
les murs gagnent toujours
les zones grises maintiennent l'ordre en place grâce aux enfants de l'apathie que nous sommes
et c'est encore un hymne

elle est pauvre
elle en a marre qu'on lui mente
même si elle adore aller au cinéma
même si elle adore aller au stade
elle préfère plutôt nuire aux nantis
et faire saigner les spéculateurs
et c'est encore un hymne

grands cercles du ciel rouge au crépuscule

elle frime
elle tombe en silence
échardes en guise de cheveux
éclats de pierre en guise d'oreilles
les murs gagnent toujours
les murs gagnent toujours

les murs gagnent toujours
sauf ce soir


mercredi 20 juin 2018

chaleur du coeur alcoolisé


parait que t'as pas les bons muscles
(tes cousins oui)
parait que t'as pas de copine
(tes cousins oui)
parait que t'aimes pas les fêtes foraines
(tes cousins oui)
parait que t'as l'alcool fugueur
parait que t'en fais trop sur la galère et le crado
parait que t'as pas envie de travailler
parait que t'es né avec ce bracelet de bagnard
parait que paginer en poésie c'est ringard
parait qu'il faut que tu réapprennes à mâcher

Heptanes
putain d'Heptanes
putain d'Heptanes de merde
putain d'hispano-charentais
putain d'italo-alsacien
putain de juif irlandais
putain de toulousain pied-noir
tu aurais pu t'appeller Costanzo ou Weitlauff 
ou Becker ou Lavadera 
ou bien Yadner
et cette idée te met grave le sourire

le soleil fait rage en se couchant
au ras du fleuve qui court vite
l'eau est une leçon dont tu ne te lasses jamais
l'eau mieux qu'une réunion-bilan
l'eau mieux qu'un constat-reproche

pèlerinages sans destination
les rues savent où elles vont
qui sentent tantôt la vieille église tantôt le fauve
un train démarre
le vide hurle
les rues savent où elles vont
pas toi

ils te dégoûtent tous ces mecs qui sont là toujours à trainer
toujours en bande
toujours à brailler
toujours entre couilles
eux et puis les écorchés vifs professionnels aussi

grâce à la musique de Thomas le lycanthrope
la boue dans ta tête redevient enfin propre
et ta salive te repose

et ta salive te repose
et la pureté est un boulot salissant
qui ne te peaufine pas vraiment la peau 

la pureté est un boulot salissant
et tu continues tranquillement à te desquamer

au passage
tu prends acte des décisions unilatérales des élus concernant le quartier

au passage
les conseils des peigne-cul te font jouir

au passage
le type aux mille baguouses qui n'a plus qu'un poumon
te montre sa cicatrice
ainsi qu'une photo de lui en tant que figurant dans le prochain film d'Eddy Mitchell et de Pierre Richard
c'est merveilleux

le spectacle de marionnettes
le magicien qui sculpte des ballons
le gala d'aérobic
l'orchestre
les récompenses
la piscine à balles
la buvette
la bouffe réunionnaise
le dj disco
tout est sympa
tout est nul à chier

t'es rien
t'arrêtes pas de mourir
t'as la faim du fou qui fait ce qu'il ne faut pas faire
voisins qui jugent avec leurs bouches

les yeux se rincent
les yeux se collent
les yeux se rincent
heureux les yeux

tu devais boire trois bières
t'en bois treize
tes rêves te droguent
pas au point de te croire spécial

chaleur dans le cœur alcoolisé
t'as envie de te marier
mais tu vas te contenter de rester accessible aux surprises
aux péchés qui te rapprochent de dieu

chaleur dans le cœur alcoolisé
elle aime ta joie virile de cow-boy
elle te trouve complexe comme une aube naissante
elle veut que tu lui dises des trucs sales
elle te sussure quelque chose
ce qu'il nous faut c'est une bonne baise bien chiennasse
tu réponds rien
comme d'hab'
tu vas de l'avant en faisant du surplace

bétail que les jeunes qui se vieillissent
bétail que les vieux qui se jeunissent
bétail que les salopes de la ville
bétail que les artistes de la cambrousse

un panneau publicitaire
te propose d'accomplir l'incroyable
un révolutionnaire devenu flic également

tu ne t'habitues pas trop au servage que t'imposent les adultes modèles
dans leur véhicule multi convivial
leurs sourires réfléchissent déjà au moyen de te virer

tu crois avoir des visions en regardant le vent prendre forme
tu vas manger des cerises en entrée
et personne ne pourra t'en empêcher

répliques de merde dans les jeux vidéo qui nous flinguent l'imagination
scénarios de merde dans les films de science-fiction
qui nous survendent la guerre
toutes ces addictions pour ne plus penser à celle de respirer

soirée burnes
soirée bain de bouche au Ricard
soirée où elle est la seule meuf
soirée où les mecs se matent du porno
soirée où elle fait tout pour tomber enceinte
soirée où elle finit avec un coquard  

malaise
anxiété
sueurs froides
insomnies

tu tournes des pages et ça ne suffit pas
tu changes de livre et ça ne suffit pas
tu arrêtes de lire et ça ne suffit pas
alors tu donnes
alors tu jettes
alors tu brûles
après tout
zéro c'est aussi une quantité

tu redeviens ami avec ton ventre

t'es un mec du XXème siècle toi
les orages ne te déçoivent jamais
les pâtes au beurre non plus


lundi 18 juin 2018

euh et ça c'est qui (2001)


ah lui
c'est le mec qui m'appelle tout le temps et que je rappelle jamais
passque bref
mon utérus tourne à gauche comme une vraie petite brute
et ça perturbe Monsieur
on va dire que c'est un bon copain mais que c'est aussi un sale con
dommage
passqu'une bonne levrette bien claquée
ça aurait pu me guérir de ce putain de rhume
que je traîne depuis des semaines
mais comme je préfère être seule que frustrée
tu vois
je crois que je vais rester encore un petit peu malade
et tant pis pour l'ennui


tu vois
moi je sais pas trop ce qui est bien en général
ou ce qui est beau
mais l'avantage c'est que je commence à savoir ce que j'aime
et ce qui est bon pour moi
et c'est pas trop tôt tu me diras
tiens
ça c'est moi petite
au fait je m'appelle Véra
il parait que ça veut dire vraie


et c'est vrai que Véra elle porte ses cicatrices comme des bijoux
un peu comme une fée qui n'a pas eu de chance
une fée dégriffée
ce qui ne l'empêche pas de savoir super bien cuisiner
et c'est vrai que Véra elle sourit jamais et c'est pas pour faire style
c'est juste qu'elle a pas besoin de se déguiser ou à peine
elle a ce truc de presque joyeux et de quasi permanent
qui crève les yeux et le goût du malheur


Véra
je savais même pas que ça existait comme prénom
les abattoirs Toulouse

samedi 16 juin 2018

fête des pères 2


Christophe a arrêté l'école à 14 ans
Christophe est devenu agoraphobe
Christophe a été SDF pendant deux ans
et ça l'a libéré de tout en fait
de la souffrance comme de la compréhension
Christophe a un fils autiste
Christophe écrit passqu'il le doit
son écriture ne pue pas l'atelier
son écriture ne pue pas la résidence
son écriture ne pue pas l'éducation nationale
(simple avis)
oh
et il ne boite plus l'oiseau qui vient de s'envoler


papa Fraxion est content que je l'appelle
il s'est trouvé un petit boulot d'archivage dans son ancienne entreprise
ça lui évite de ressasser à longueur de journées
papa Fraxion est content mais il pleure comme chaque année car on est en juin
et qu'en juin 1956 son père fut assassiné sur le pas de sa porte pendant la guerre d'Algérie
et sa dépouille ensanglantée allongée dans la maison sur la table de la cuisine
il n'y avait pas de psy à l'époque
et un gradé est venu tapoter sur l'épaule de mon paternel (12 ans à l'époque)
pour le réconforter en lui disant
«le mieux c'est d'oublier tout ça petit »
bon
il n'a pas oublié papa
à part ça Inch'Allah
dès que les beaux jours reviennent il veut qu'on se fasse un barbeuk


Thomas le lycanthrope doit se refaire de la corne
Thomas le lycanthrope s'est brûlé les doigts pendant deux heures afin de me trouver cette super boucle basse/batterie
j'ai de suite trouvé le poème qui va aller avec
me tarde qu'on répète tout ça


Nathalie déteste le mot cohérence
et je ne peux pas dire que cela me surprenne


et moi je dis que gentil c'est pas une insulte
et moi je dis que les accents c'est pas des maladies
et moi je dis qu'on on est tous un peu ceinture noire d'auto-sabotage


(toujours pas de nouvelles de mon frère)

dimanche 10 juin 2018

fête des pères


Jim discute avec son amoureuse de la maternelle
je le chambre en lui disant que ça tombe sous le coup de la loi son truc
pas mal ta blague il me répond
Jim répond toujours «pas mal » 

quand il trouve ça bon

bouh ça va pas
Mireille trouve qu'elle a pris un sacré coup de vieux
sinon elle a passé de merveilleuses vacances au bout du monde avec sa fille de 26 ans


Nathalie est triste de l'élimination de son chouchou Novak Djokovic à Roland-Garros 
mais Marco Cecchinato (72 ème joueur mondial)
était tellement heureux alors ça va
elle prépare une pizza en râlant que je ne vienne pas au marché de la poésie
elle ne veut pas que je l'oublie
elle a trop de trucs à me raconter

Safia ne porte plus son alliance
elle préfère tailler des pipes que de rouler des pelles en ce moment
rouler des pelles c'est trop intime
Nathalie est entièrement d'accord avec ça

deux mamies pomponnées me demandent si c'est la pluie qu'on entend
non c'est la guerre je dis
ça les fait marrer

(toujours pas de nouvelles de mon frère)

vendredi 8 juin 2018

sine die


il pleut
il pleut comme si personne ne devait plus jamais revoir le soleil
il pleut tellement que même sous la mer il doit pleuvoir
y a pas la mer ici
y a une galerie marchande où
les gens ont des têtes de gargouilles
(logique)


tu peux être heureux lui dit-elle
tu m'as détruite
légitime défense lui dit-il
je ne pouvais me laisser mentalement tuer par tes blessures d'enfance


histoire passionnelle qui ne pouvait pas faiblir sans exploser
histoire passionnante qui te laisse totalement orphelin
tu chiales dans ta bagnole
et tu rates ta sortie sur la rocade

au moins t'auras vécu

les jours passent et un épicier se tire une balle dans le ventre avant de mettre le feu à sa boutique

les jours passent et tu voles une petite culotte dans le sèche-linge de la laverie automatique

les jours passent et des anarchistes pas espagnols délirent sous l'emprise de la drogue
merde à votre statu quo
merde à votre générosité
ils gueulent et les jours passent
un zonard crache sur des oiseaux


y a des problèmes auxquels on tient
(surtout le dimanche)


la reine du psychodrame continue de te haïr pour ne plus se haïr elle-même
dialogues avec les démons qui nous jugent la nuit


tu es le seul mec invité à cet anniversaire dans ce bar lesbien
soirée parfaite au sortir de laquelle
tu pars tenir compagnie à ta grand-mère
qui souffre d'une maladie neurodégénérative
ta famille se déchire salement autour de tout ça


paysages modifiés
même scène sous un angle différent


si je te dis ce que je pense
chuis un goujat
c'est ça ?
et si je te dis rien
c'est que je te mens
c'est ça ?
moments minables que la mémoire retient
elle est furieuse contre toi
la danseuse qui t'avait mis le cœur au carré
et pourtant elle a très envie de te revoir


l'absurdité c'est la base
l'enquête perpétuelle aussi
les entités primordiales sont vraiment là pour nous faire chier
alors on boit
alors on fume
alors on obéit

on croit tout contrôler
on parle d'honnêteté
on croit tout contrôler
on fait de la merde
on conçoit un enfant avec un mâle alpha et on se retrouve à élever des névroses


nous les singes de dieu
nous sommes absolument légendaires et pitoyables
nous les singes de dieu
nous suivons des règles sans y réfléchir
et nous éprouvons une étrange sérénité à y déroger quand l'occasion se présente


la planète s'amuse
comme une grosse enflure
grand scénario cosmique
permanence du génocide
sauf des fois lorsque des groupes d'influence décident d'agir en faveur des droits de l'homme et de l'environnement

enfin bref
y a des gens qui ne font rien et qui  t'expliquent exactement quoi faire
enfin bref
y a des poètes obscurs qui sont bien pratiques pour se réparer l'ego

d'un seul coup tout devient limpide
ta malédiction pourrait finalement devenir un boulot à part entière
tu reportes ta dépression sine die

lundi 4 juin 2018

psaume


c'est bien de le savoir dehors hein  
tout ce soleil qui nous attend
tout ce soleil que nous faisons languir
tandis que tu me commentes à poil sur le ventre le match de tennis à la téloche

et puis on boit des bières
et puis on interviewe les hirondelles 
dans ce ciel qui pèse des tonnes
cris cachés
bruits silencieux qui vont de zéro à cent

psaume des nuages qui nous font toute la nomenclature des robes
psaume des ânes sauvages qui se désaltérent à la source
psaume de la violence qui nous fait progresser

envie de dingue
envie de te bouffer le cul pendant que tu fumes ta clope à la fenêtre en m'expliquant la vie des voitures dans la rue en bas de chez toi 

nous on fabrique
nous on s'invente une plage pour se pencher sur nous-mêmes à quatre pattes
nous on se la refait la peau neuve décalottée
la cerise de la belle vie bien ouverte
où les mots sont à nouveau les mots
où les mots sont à nouveau nouveaux
où les mots sont comme qui dirait repulpés

je te fais les épaules
je te fais les yeux
je te fais la poésie
je te fais le col à la Sinatra comme tu me l'as appris
pour te faire rire bien sûr
pour te draguer bien sûr
pour t'aimanter la poitrine avec mon thorax et que roule encore l'autonomie de ton bassin

je réécoute ton clapotis et non pas les gens ironiques qui le sont par réflexe de ne plus ressentir grand chose
je réécoute ton clapotis brûlant qui me coupe et qui me cueille

en doublant des trains et des trains de camions sur l'autoroute
je pense à nous
je me travaille un téton pour éviter le vide

vouloir politiser la musique
c'est comme psychanalyser la levrette
un truc vain

renforcement musculaire au poids de corps
en mode taulard de bon matin 

en mode tarlouze l'après-midi
je sue donc je suis

et je vais rester sale 
et je vais m'aérer la tronche
et je vais cultiver mon esprit mais sans  oublier d'aiguiser mon couteau

la ville ment mille fois moins que la foule qui rêve ce soir
et penser ne fait pas avancer les cailloux

mercredi 30 mai 2018

supernova à effondrement de cœur


parait que t'es un peu con 
parait que c'est plutôt bien de l'être un peu
parait que t'es ni domestique ni sauvage comme animal
parait que t'es un traumatisé du système scolaire
parait que t'as des pupilles d'héroïnomane  
parait que t'es un pseudo poète
parait que t'es doux au toucher
parait que t'as disputé un 32ème de finale de coupe Gambardella
saison 86-87
parait qu'en tant que joueur t'étais trop football et c'était pas forcément qu'une qualité aux dires de certains

zéro zéro à la mi-temps
zéro zéro dans vos maisons
zéro zéro sur vos visages
zéro zéro
et puis poteau rentrant lucarne
le sport se coltine l'absurdité de la vie avec une pertinence que certains philosophes ne possèdent pas

boire
pleurer 
ne plus se souvenir de rien 
c'est la fin du monde ou juste celle de tes rêves d'adolescent 

c'est plus tout à fait la nuit 
c'est pas encore le jour
dans sa tête elle ouvre les yeux
elle veut une autre vie
elle se fabrique un nouveau nom
son biberon est rempli de vodka plus chaude que de la pisse
putain de folle qui parle à la pluie 
miss météo complètement magané dont la maman jetait tous les cadeaux à la poubelle quand elle avait sept huit ans
frissons neuroatypiques 
comme à chaque fête des mères

la terre est noire 
la terre tourne en silence comme t'aimes 
lotissement de banlieue à fuguer 
quitte à devoir commettre deux trois trucs indignes
enfreindre et briser 
tu te sens tellement bien que ça pourrait te faire mourir
(normal)
refrain qui dit
avoir envie de mourir c'est pas marrant mais t'as connu bien pire
des pages et des pages de blessures

les fées sont maléfiques
elles discutent du bon côté de la guerre
de la technologie qui sépare les gens
elles veulent t'arracher la tête
et tu n'es pas forcément contre
refrain qui dit
le plan est simple
y en a pas

légendes dans le système nerveux
légendes des chevaux qui hennissent dans les étoiles en mâchant du fer
convoi de camions transportant des morceaux de voie lactée

tes erreurs te permettent d'accéder à une certaine vérité 
routine de fantômes et de démons
qui comprennent tout de toi

merveilleuses coïncidences
beauté bizarre de l'univers
on fait les sept figures du clown pour ne pas être abandonné
tout le monde fait ça
on appelle ça de l'amour
au début

lumière classique venant du nord
tu vaques avec une clocharde bipolaire d'avoir passer tant de temps dans cette réalité
tu vaques avec un flic dépressif qui te raconte ses piètres tentatives d'être bon père et bon mari
tu vaques avec une veuve alcoolique qui t'incite à la fornication
tu vaques dans la vapeur des machines comme un personnage sans vécu

grâce de fusée
rire de fusée
tétons de fusée
seins nus 
elle lit ton manuscrit à l'hôtel
putain de moment inoubliable
elle dit qu'elle se sent sauvée 
le contrejour faisant vitrail

nids de poils
enculades de bouches 
strabismes ensoleillés
vous rêvez dans vos girons en attendant l'heure de l'autocar
tout est réglé et pourtant rien n'est résolu

tu es un mec du XXe siècle toi
ta première bagnole fut une Renault 12 
et ton premier autoradio un magnétophone à cassette

lundi 28 mai 2018

tout va bien jusqu'à ce que tout aille mal (2007)


ma mère c'est pas le style de personne à attraper une tique
avec ses poils pubiens
quoique l'idée serait plutôt sympathique
qu'une quelconque forme de vie puisse sans danger
s'approcher de son clitoris
et ma sœur c'est pas le style non plus
ni à chier dans les bois ni à baiser dans la nature
faut voir comme elle vaporise tout à la vanille artificielle
quasiment après chaque miction de son petit mari si présentable pourtant
depuis que choyé depuis que chéri par le syndic
et l'opinion publique
encore un à qui je ne peux pas expliquer
que l'herbe est vachement bonne
qui va vachement bien avec le vin
ni que la poésie de Johnny Lechien
me rend carrément amoureuse là bas tout au bout du toit
dont le ciel fait des étoiles en respirant
c'est simple ma mère à part donner des ordres
n'aime rien sauf sa cuisine si bien intégrée
un modèle du genre faut dire
dommage que personne n'y vienne manger
à part ma soeur bien sûr
ma soeur qui n'a jamais vu de médecin de sa vie
ma soeur qui se soigne en rendant les autres malades
avec un tel entrain
que chantage et harcèlement doivent être certainement
deux façons de jouir
ça fait qu'une fois seule
sourire me fait mal
ça fait qu'une fois soûle
souffrir me fait rire
mais tout va bien
tant que personne ne saigne sur les places de parking
réservées aux copropriétaires
tout va bien en général jusqu'à ce que tout aille mal
ma mère a encore assez d'amour pour moi
pour continuer à me détruire

vendredi 25 mai 2018

Pentecôte


Monique a tout fait pour faire de sa fille une femme autonome car Monique a toujours beaucoup souffert de ne pas l'être
à la moindre occasion sa fille ironise  cruellement sur le manque d'autonomie de sa mère
Monique a envie de pleurer

Pierrick est allé s'expliquer une bonne fois pour toutes avec son ex-femme
sans faire exprès
elle lui a cassé le nez
sans faire exprès
ils ont baisé
la vie quoi

Nath fait des listes et puis elle les oublie
la poésie qui réunit est une belle idée qui la débecte 
on cherche des endroits pour se bouleverser un peu
on cherche des rades
on cherche des églises
on cherche des angles morts pour se mettre des doigts et puis se faire les seins

Karl se la pète
il est peut-être enthousiaste mais il se la pète
il dit pas que des conneries mais faut faire grave le tri
en tant qu'artiste employé par l'état
il couche un peu trop avec lui-même
et même que ça pue

putain ils sont en train de me voler mon ciel
putain faut que j'en trouve un autre
ils sont en train de détruire mon terrain vague
et ils appellent ça construire
le maire du quartier précise qu'il travaille à notre cadre de vie
le maire du quartier qui n'habite pas le quartier bien sûr
la sururbanisation me donne des envies de sabotage

Quentin doit se faire opérer d'un rein
Quentin veut se remettre à la boxe française
Quentin a la gueule de bois
moi aussi
d'habitude ça me rend empathique à mort
là ça me rend vener de tout
automutilation réflexe
je rebois

(toujours pas de nouvelles de Jim Floyd)


jeudi 24 mai 2018

rétrofuturisme


vive le stress qui te redonne le souffle de tout ou presque
vive le trauma qui te rend la clarté splendide ou presque
vive l'insomnie en tant que nouveau pouvoir
vive les tournois secrets d'autofist féminin

tu es banal
tu t'exprimes mal
tu es tout le contraire de brillant
elle était heureuse
tu étais en dépression
il était 19h45 pour elle
huit heures moins le quart pour toi
weekends totalement schizos

non tu ne l'as pas trompée avec la première musicienne venue
non tu n'es pas allé aux putes avec Jim
non tu n'as pas besoin de reconnaissance
(pas tant que ça)
non tu n'es pas poudré le nez avec ta cousine
non tes potes poètes ne sont pas de sales petits phallocrates
(pas tous)

écouter des musiques angoissantes
te détend
Whitehouse
Programme
Bohren und der club of gore

avec
tu longes des murs
avec
tu suis les méandres d'un monde imaginaire
air métallique délicieusement empoisonné
des elfes anthropophages fument et la nuit fume aussi
vaisseau de guerre que le ciel ce soir

tu feintes un punk à chien qui essaie de t'imposer sa réalité de taxeur pénible

tu reconnais le monsieur qui hier s'intéressait à l'invention du peuple juif tout en cherchant un chauffe-biberon

des choses qui arrivent
des histoires de perte et de vengeance
des légendes urbaines d'anges nucléaires marchant pieds nus

un désir assouvi en génère automatiquement un autre
(fatigue)

la terre a six milliards d'années dont six mille de civilisation
tu es en train de méditer sur cette perspective
lorsque tu recroises la jeune fille de 70 ans qui en parait 17
et à qui on demande toujours de justifier son identité lorsque elle souhaite acheter de l'alcool
chômeuse violée par un monstre porno
elle a traversé le merdier et pourtant elle sent toujours aussi bon
selon elle
les anciens ne font plus preuve de sagesse
les politiciens imposent des lois injustes
ils sont dépravés
ils sont cupides
et tout va bien tant qu'ils triomphent
pendant ce temps
certains adolescents se remplissent à ras bord
mammifères débiles dépourvus d'altruisme

pourquoi laisser dieu à la religion
pourquoi laisser la poésie aux universitaires
pourquoi laisser nos parents baiser nos blessures

mère distante
père absent
tu as besoin d'une seconde chance
de retrouver confiance en toi
les tranquillisants qui empêchent tes nerfs de repousser trop vite
te greffent des ailes défectueuses
une ville passe dans les nuages

tout devient ridicule
les problèmes d'argent
les problèmes d'appartement
les problèmes d'avenir

tu n'écoutes plus ta petite voix intérieure qui ne te parle que d'échecs et de regrets
tu rêves d'aventures souterraines en compagnie d'un roi clochard

dieu t'encombre
seul le hasard est fiable

y a de la lumière dans la superstition
y a des zones d'ombre dans la science
y a des écrivains plus passionnants à écouter parler qu'à lire

continuer à se cultiver mais pas jusqu'à l'apathie
chercher du sens mais pas jusqu'à la connerie
rester digne mais pas trop
amen

viens voir sur le balcon ça sent la mer
elle dit
la mer a retrouvé notre adresse
tu dis
et tandis que nous sirotons les étoiles
quelque chose crépite en nous qui nous applaudit

cheval de feu
chien de métal
on a faim
on a soif
on pue
on dénombre nos vertèbres avec la langue
on se crache sur la queue en priant
on paye notre tournée de cunnilingus
nous qui faisons les animaux
nous qui faisons les ongles
nous qui faisons les yeux
nous et nos 55 façons de nous mordre