mardi 27 juin 2017

turfiste

ton amour des plans foireux n'est plus à prouver  
tes passions t'ont rarement mené au bonheur 
tes certitudes non plus remarque

tous les jours
c'est bataille contre le pain sec 
tous les jours
c'est bataille contre le lait froid 
tous les jours 
c'est bataille contre la résignation
et l'étuve 
et l'abîme  

t 'es pas violent mais t 'as l'énergie imprévisible  des enfants battus qui sont devenus des écorchés doux  

tu regardes le feu qui tombe du ciel
tu observes l'indolence avec laquelle la buse variable chasse les micromammifères  
tous ces trucs de mec contemplatif  
journée à 13787 pas

c'est parfait
c'est parfait mais faut tout recommencer
ils te disent ça avec leurs yeux bleus qui font peur
et plus ils t'expliquent 
et moins tu comprends
ils disent que tu compliques tout avec ta fragilité 
ils t'ordonnent d'arrêter de crier
tu cries pas tu dis 
tu affirmes tes doutes
stabat mater qui te fait pogoter comme un requin-marteau  

tu as douze ans
ton père te montre des prostituées le long du canal 
ton père te fait comprendre que ta mère fait pareil mais gratuitement   
tu as douze ans 
et y a des objets qui te font voyager
journée à 2792 pas 

tu ne parles plus d 'espérance 
tu ne parles plus d'impasse 
tu parles chien aux fleurs et fleur aux chiens
c'est mieux que les murs 
et puis tu l'aimes elle 
et puis tu l'aimes elle
sa Gibson 
ses poèmes grunge 
ses godillots 
ses mollets à péter la mâchoire des grands prédateurs 
et puis ses seins qui sentent toujours bon la viennoiserie et l'aventure 

super émue 
elle insiste pour te préparer un petit plat
quintaux de soleil sur ton plexus 
journée à 18192 pas

il y a 48 ans jour pour jour c'était la nuit 
et ta petite gueule naissait aux forceps  
quasiment au milieu des chevaux
un bol de soupe aurait pu te contenir 
ta mamie te raconte ça avec ses mains
cabane dans les arbres où tu dors en sécurité 

le projet c'est qu'il n'y en a aucun 
à part celui de tuer les gens sans les tuer 
c'est-à-dire en éradiquant leur psychocharisme  

les radiateurs t'envoient des messages de confirmation 
ce que tu es te rend de plus en plus seul

les couleurs vont trop vite 
traction thermique comme dans les trains régionaux  
ça te fait chialer en même temps que sourire les sourcils
journée à 11718 pas 

tu viens d'apprendre que ton vrai prénom c'est Redouane et non pas Jean-Michel
et tu es comme qui dirait guéri 
sauf que tu n'as jamais été malade   
triste puzzle

dimanche 11 juin 2017

photo SC

la grâce de tes jours

paraît que tu ne ressembles pas à ta photo
paraît que ta barbe blanchit à vue d'œil  
paraît que t'as refusé un poste à la SNCF
paraît que t'as un penchant pour les lesbiennes qui sucent
paraît que t'as fait l'armée​ 
paraît que t'as aimé ça mais pas au point de la refaire
paraît que tu peux toucher ton nez avec ta langue
paraît que ton nez tordu c'est suite à un cunnilingus qui a mal fini
paraît que t'es un poète très ordinaire toi
un poète pas très crédible aussi
vu que tu bosses en hypermarché 

été précoce
le ciel bleu est un gros bloc 
le ciel  bleu est un gros con
les déjections canines grésillent sur les trottoirs
à la plancha
à l'arrêt de bus 
une femme enceinte se gratte la fouffe à travers sa jolie robe mauve 
le peuple bermuda a repris les rues
et ce spectacle essaie de te tuer 

tu te défends tant bien que mal contre leurs carrures leurs polos roses leurs espadrilles leurs lunettes de soleil leurs tatouages leurs statuts de demi-dieux aux valeurs spécieuses
du genre à socialiser les pertes
du genre à confisquer les gains 

oraison jaculatoire
tu rentres chez toi trinquer avec un cendrier plein de pisse
au passage tu dégondes une porte sans trop savoir pourquoi 
et puis tu pars à la douche 

joie de vivre
doigt dans le cul en pensant à Gwenn la gouine

qu'elle repasse dans le coin
tu serais pas contre

au cas où 
tu refais ta coiffure pubienne 
au cas où
tu coupes les ongles de tes pieds
et ton coupe-ongles​ t'explose littéralement à la gueule  
tu n'en tires strictement aucune conclusion

un de ces quatre
tu te verrais bien devenir disciple d'un ermite 
ou alors arbitrer des matchs de ping-pong vaginal   

tu as toujours su que tu n'aurais pas d'enfants
tu as toujours su que t'avais une malédiction à briser 

généraliser est une erreur
ne pas le faire en est une autre 

huis-clos partout quand soudain tu prends une décision qui te semble importante 
remettre de l'ail dans ta bouffe 
mais wé putain 
le plus vieux médicament du monde

bruits de journaux froissés dans les arbres où les tourterelles s'enculent

t'es un mec du XX ème  siècle toi 
tu rêves de slows et de machines à écrire

jeudi 1 juin 2017

(à ma petite zonarde de l'éducation nationale )

c'est bien nous ça
comme neufs
comme hallucinés du cadeau de nous-mêmes
dans les rues vides de la sève violette
ou à l'hôtel comme des héros en levrette
partouze à deux


c'est bien nous ça
souffrant d'un joyeux syndrome
foutre de cheval à gueuler partout dans la gare glacée

ou dans le fameux cabaret à larynger nos bluettes punkoides avec l'alcool de nos ventres
avec la sauce de nos souffles
ou dans le calque des souterrains parsemés d'étoiles cruciformes


nous affamés sur la route
sur les roues
sur les rails
derrière la baie vitrée du restoroute
au chaud
à se plaire dans l'écrasé de pommes de terre et de la connexion mentale
et du poulet grillé
et de tout l'or de l'orgasme vaginal 


toute une journée comme ça
contre la montre
dans le contre-jour enfumé
à bisouner nos verges à la base
et à jouer le contre dans la neige ensoleillée
joue contre joue dans des aires d'autoroutes absolument désertes
le lundi
en revenant de Lyon ou de la lune
dans la féerie de l'industrie lourde

et dans la féerie de l'enculade 

c'est bien nous ça
morts de rire en sanglots
avec le sang au volant de l'évidence qui berce nos poitrines
euphorie à faire foisonner le piano de nos poumons fatigués
euphorie
malgré les trains à prendre au vol et les dates butoirs qui nous cassent déjà la gueule


nous déjà mélancoliques car déjà périssables
et donc absolument parfaits pour ça
pour se pourlécher la lisière comme des ours emmitouflés sur la banquette arrière
à s'aplatir les seins
à se faire des trucs purs
à se faire des trucs salaces
à se faire les os super légers


moment m
instant t
à se dire au revoir la bouche pleine de buée
avec nos voix de roues voilées
nos voix d'oiseaux tombés du ring


c'est bien nous ça
à l'ouest de rien
à attendre que dalle
c'est bien nous
permaculture dans les cimetières