dimanche 26 novembre 2017

marmite (à Laurent Bouisset)

je roupille si je veux
je bouge si je veux
rien à foutre
je suis pas obligé de participer au monde normal des vivants qui ont l'air de travailler à se faire truander
et qui se font pourrir dans la touffeur
et qui se font engueuler dans la froidure et qui mangent de la soupe grise à longueur de journées

tous ces miracles de la vie gaspillés
leurs bouches sont comme des pansements que j'aperçois juste de l'autre côté de la barrière des arbres et des broussailles qui m'ont choisi voilà vingt ans lorsque j'ai commis trop d'erreurs et que mon frère a dû remboursé mes dettes
et que du coup je n'ai plus de dettes
et que du coup je n'ai plus de frère
et que du coup je vis ici parmi mes chats près de la rivière où y a personne pour m'emmerder 
sauf des fois
quand les fonctionnaires s'ennuient
et doivent distraire les pontes de chaispasquoi ou les présidents de chaispasoù 


dans ce cas-là
je pars me parfumer la tête ça veut dire vélo avec le vent
ça veut dire vélo avec ma vieille tête triste de n'y rien comprendre 


parfois l'incertitude m'empêche de dormir
mais je vais bien
à part mes yeux fatigués qui confondent couleurs et matières


même si l'idée du suicide m'a toujours réconforté

je vais pas me laisser flinguer le bonheur
surtout que ça mijote dans ma marmite
surtout que je lis le journal en compagnie de mes chats
surtout qu'il pleut fort aujourd'hui et que ma cabane a l'air de bien tenir le coup

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