dimanche 3 août 2014


au delà des glissières

au delà des glissières
y a le vent qui désosse en sifflant
le vent aiguisé par les cimes
le vent décoché dans la plaine
l'autoroute est quasiment vide
dans le couchant gris qui grésille  
au delà des glissières
y a la nage glacée des nuages
des avenues dans les nuées
des boucles bouclées
dans le plus grand secret
animal errant alcool au volant
Jean-Christophe croyait avoir beaucoup d'amis

au delà des glissières
le conducteur de la pelleteuse
il est musclé comme un spaghetti
il boit son café à deux mains 
tandis que Jean-Christophe enchaîne les clopes   
il voit des trucs mais il peut pas dire
au delà des glissières
son seul étalon transpire du sang
agonie & morphine
dans la clôture électrique
l'inhumation en pleine terre
normalement c'est interdit
Jean-Christophe croyait avoir beaucoup d'amis


vendredi 1 août 2014

la vérité sur l'obsolescence programmée

sur le stockage des déchets nucléaires
sur les amis qui s'amenuisent
comme s'amenuisent les gencives
réduire l'impact
c'est l'heure des éboueurs mon premier boulot
la nouvelle vient de tomber au ras de l'aurore
les privilèges des fonctionnaires appauvrissent les malades
et pour cause
aussitôt effacés les travailleurs clandestins
s'avèrent 100 fois plus efficaces
la pièce manquante c'est toujours moi 
(merci papa)
au fait
un génocide sur deux n'est pas rentable
au fait
un médicament sur deux a une influence négative sur les niches fiscales
au fait
les spéculateurs contrôlent 70% de l'information
et 70% de l'information est inutile 
dossier brûlant agro-pharmaceutique
sujet tabou militaro-industriel
"une femme,ça se dresse" me confie en aparté
le beau-père de ma sœur
l'alcool est en train de lui cuire le sang
tandis que les aliments incriminés
continuent de nourrir le bétail 
tandis que les platanes se spécialisent
dans la feuille morte la purée de feuilles mortes
leurs peaux sont des puzzles et 
ma cheville grince ce matin 
sous le crachin bleu mais jouable

jeudi 31 juillet 2014

la petite mamie du Washington Square Park

"il n'y a qu'à New York que vous pouvez voir ça" 
me dit la petite mamie
en me désignant du menton le monsieur tout gras 
qui danse sur place
mi gracieux mi dégueu
et qui dodeline le bide à l'air
et qui dégouline extasié par le soleil
et la musique qui passe dans son casque...
avec un sens de l'incruste incroyable 
la petite mamie vient juste de s'installer à côté de moi sur le banc
"cela dit je n’appellerais pas ça danser" me précise-elle

apparemment elle vient souvent ici la petite mamie
avant d'aller chez le coiffeur
elle a rendez vous à 15 h pour refaire sa couleur
elle a 76 ans
elle est née en Azerbaïdjan alors république soviétique
Brejnev était encore président quand elle migra en Israël
elle a également vécu en Autriche avant de s'installer à New York au début des années 80
elle a un fils avocat qui gagne très bien sa vie
et qui vit dans une très belle maison à la campagne
dans une très belle ville d'ailleurs...
aussi belle qu'ennuyeuse d'ailleurs...
un peu comme sa compagne d'ailleurs...

elle est sympathique la petite mamie et drôle et maline
mais elle dégage ce je-ne-sais-quoi de vaguement anxiogène
que devaient également produire les infirmières dans le système de psychiatrie punitive de l'ex-URSS...

on sait jamais avec les vieux
on sait jamais

mardi 29 juillet 2014

ça et la gentillesse

les ténèbres s'éteignent 
brume autour de la loupiote 
brume tout autour
l'océan est loin pourtant 
mais grâce à un spray nasal à base d'eau de mer
la cuisine devient cambuse
et le balcon devient bastingage
et l'appart un putain de rafiot
les ténèbres s'éteignent 
je me suis rasé le crâne 
j'ai fait un bout de vaisselle 
j'ai descendu les poubelles 
et puis j'ai quitté mon couple définitivement 
les ténèbres s'éteignent 
ce matin le mail est luisant de rosée 
où craquent les feuilles comme des chips 
je pense arbre généalogique 
je pense branche morte
je pense à moi
la solitude produit son propre vin
une pure merveille que je savoure
çà et là 
ça et la gentillesse des filles peu recommandables 
ça et la gentillesse 
les ténèbres s'éteignent 

lundi 28 juillet 2014

passerelle

...10 000 ans... les étangs de boue... les étangs... les vastes étendues recouvertes... tout ça est loin maintenant... les dinosaures aussi... j'arpente les rues lessivées par les averses de la nuit... quartiers de viande... pâtés de maisons... flancs de colline... il fait doux... les derniers couche-tard se finissent à la bière... adossés contre les carrosseries... certains se coursent sur le goudron... se taclent par derrière... chemises déchirées... arcades ouvertes... d'autres enfin chialent leur mère sur un bout de trottoir... le visage crevé... la peau sale... les effluves perceptibles... en zone mixte... le maquillage saigne... et les nibards dégueulent... en zone mixte... les premiers lève-tôt se croisent... qui ont des poches au bout des bras... qui ont des poches au bout des yeux... et des yeux durs comme des œufs... des yeux qui parfois... ne sont pas vraiment au bon endroit... minuscules périples... un marché de plein vent se construit... un regard de jeune fille me fait sursauter le cœur... un regard ultraviolet aux propriétés antiseptiques... cette passerelle offre un point de vue inédit... sur les arbres et les toits... et la collecte des eaux pluviales... et le passé... qui ne passe toujours pas...


vendredi 25 juillet 2014

y a trop de gens dans le métro quand il pleut

il l'a harcelée jusqu'à ce qu'elle lui montre ses seins
tu le crois ça
il l'a harcelée jusqu'à ce qu'elle craque
il s'était caché chez son frère tu sais
le pd qui s'habille en femme
il s'était caché chez lui 
quand même
ils vont pas annuler trois semaines de vacances
en Indonésie
pour rester auprès de leur fille
qui est sur le point d'accoucher par césarienne
d'un bébé qu'il faudra opérer à la naissance
ben non
ils vont pas annuler
pour quoi faire d'abord
y a des choses qu'elle fait
et puis y a des choses qu'elle ne fait pas
y a trop de gens dans le métro quand il pleut
elle s'assoit jamais dans le métro
quand y a trop de gens étranges
tu comprends
trop d'étrangers
trop de meubles qui se meuvent
trop d'adolescents qui prennent leurs parents
pour des distributeurs automatiques
y a des choses qu'elle fait
et puis y a des choses qu'elle ne fait pas
la connasse de l'institut
une personne un mur
et la conscience dégueule
c'est hormonal peut-être
non c'est pas ça
y a rien qui tient
voilà tout
rien du tout
c'est mort
allez viens
on va manger

mercredi 23 juillet 2014


la vie est parfois comme ça

la vie est parfois comme ça ,mec
que ce soit fortement conseillé
ou que ce soit systématiquement ordonné
les chiens doivent être tenus en laisse et les vendeurs doivent porter leur gilet
la démocratie a toujours autant besoin d'ennemis
toujours autant besoin de clients
les coups de cœur de la fille du patron sont toujours ceux 
du chef de rayon
t'as remarqué?
à force d'enfiler les perles on finit par enculer les mouches

la vie est parfois comme ça ,mec
que ce soient des bobards ou que ce soit la vérité vraie
les despotes succèdent aux lanceurs de pierres
l'ignorance véhicule pas mal de préjugés
genre le sud c'est sale les marginaux sont agressifs
la colonisation a joué un rôle positif
surtout pour la France surtout pour certains français
t'as remarqué ?
à force d'enfiler les perles on finit par enculer les mouches

la vie est parfois comme ça ,mec
que ce soit communément admis ou formellement démenti
le paradis et l'enfer sont deux définitions de la vie sur terre
la discipline a du bon quand elle ne rend pas trop con
trop conforme et convenable et au final condescendant
la discipline a du bon le désordre aussi
t'as remarqué ?
à force d'enfiler les perles on finit par enculer les mouches

la vie est parfois comme ça,mec
que ce soit archiconnu ou que ce soit tenu secret
révolution et dictature vont très bien ensemble
comme les seins et la sueur
comme l'espoir et la peur
mais pas comme l'amour et la liberté
en période de crise l'indifférence c'est déjà de l'amitié
je viens de me réveiller et c'est déjà l'heure d'aller me coucher
t'as remarqué ?
à force d'enfiler les perles on finit par enculer les mouches