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vendredi 8 juin 2018

sine die


il pleut
il pleut comme si personne ne devait plus jamais revoir le soleil
il pleut tellement que même sous la mer il doit pleuvoir
y a pas la mer ici
y a une galerie marchande où
les gens ont des têtes de gargouilles
(logique)


tu peux être heureux lui dit-elle
tu m'as détruite
légitime défense lui dit-il
je ne pouvais me laisser mentalement tuer par tes blessures d'enfance


histoire passionnelle qui ne pouvait pas faiblir sans exploser
histoire passionnante qui te laisse totalement orphelin
tu chiales dans ta bagnole
et tu rates ta sortie sur la rocade

au moins t'auras vécu

les jours passent et un épicier se tire une balle dans le ventre avant de mettre le feu à sa boutique

les jours passent et tu voles une petite culotte dans le sèche-linge de la laverie automatique

les jours passent et des anarchistes pas espagnols délirent sous l'emprise de la drogue
merde à votre statu quo
merde à votre générosité
ils gueulent et les jours passent
un zonard crache sur des oiseaux


y a des problèmes auxquels on tient
(surtout le dimanche)


la reine du psychodrame continue de te haïr pour ne plus se haïr elle-même
dialogues avec les démons qui nous jugent la nuit


tu es le seul mec invité à cet anniversaire dans ce bar lesbien
soirée parfaite au sortir de laquelle
tu pars tenir compagnie à ta grand-mère
qui souffre d'une maladie neurodégénérative
ta famille se déchire salement autour de tout ça


paysages modifiés
même scène sous un angle différent


si je te dis ce que je pense
chuis un goujat
c'est ça ?
et si je te dis rien
c'est que je te mens
c'est ça ?
moments minables que la mémoire retient
elle est furieuse contre toi
la danseuse qui t'avait mis le cœur au carré
et pourtant elle a très envie de te revoir


l'absurdité c'est la base
l'enquête perpétuelle aussi
les entités primordiales sont vraiment là pour nous faire chier
alors on boit
alors on fume
alors on obéit

on croit tout contrôler
on parle d'honnêteté
on croit tout contrôler
on fait de la merde
on conçoit un enfant avec un mâle alpha et on se retrouve à élever des névroses


nous les singes de dieu
nous sommes absolument légendaires et pitoyables
nous les singes de dieu
nous suivons des règles sans y réfléchir
et nous éprouvons une étrange sérénité à y déroger quand l'occasion se présente


la planète s'amuse
comme une grosse enflure
grand scénario cosmique
permanence du génocide
sauf des fois lorsque des groupes d'influence décident d'agir en faveur des droits de l'homme et de l'environnement

enfin bref
y a des gens qui ne font rien et qui  t'expliquent exactement quoi faire
enfin bref
y a des poètes obscurs qui sont bien pratiques pour se réparer l'ego

d'un seul coup tout devient limpide
ta malédiction pourrait finalement devenir un boulot à part entière
tu reportes ta dépression sine die

vendredi 21 novembre 2014

Fabrice

il est en Belgique
il est fatigué
il est tout sec et tout bâtard
il commence à douter de l'efficacité de ce produit
il ne se rappelle plus de son enfance
à part qu'à dix ans 
il ne croyait déjà plus en Dieu
et que le cirque le rendait toujours triste
maintenant ça serait plutôt le port du niqab
ça lui tord littéralement le bide ce truc
la mélancolie
c'est quand même extraordinaire
le samedi après la pluie
ce temps soudain si clair
et puis le rôle moteur du vin rouge
et puis l'air de la mer
mine de rien ça détend
les carapaces des bagnoles qui rutilent
les petites éoliennes que sont devenues
les croix dans le cimetière militaire
novembre
ça y est 
ça remarche
il se sent un peu comme un cerf-volant

mardi 6 mai 2014

le masque c'est moi

et puis j'ai loupé la correspondance
et puis mon père a fait semblant de mourir
et puis je suis revenu à Dunkerque
c'est plus beau quand c'est pas Noël
c'est plus beau quand y a personne
ni suce-boules ni mange-merde
ni le bruit de leurs petites affaires
en train de se faire sans bruit
janvier
il fait un froid de connard
et la zone d'aménagement différé
gangrène la vue la vie la vérité
la stratégie merdique se met en place
l'air de rien
besoin de rien
ou alors d'une émeute
ou alors d'une hôtesse sans rien dessous
qui me chevauche la moustache
en porte-à-fleur
en chair de poil
elle n'arrive pas à être heureuse
elle n'arrive pas à patienter jusqu'aux soldes
fœtus fardeau
finalement je vais garder ma couleur et 
la clef des champs planqué dans la gueule
et je vais sortir en loucedé par l'issue de secours
et me lancer dans le brouillard analgésique
et rencontrer les eaux lustrales du canal
et l'âme des arbres
et la peau tatouée du troupeau
et le sein des hommes
et le pénis des femmes
et l'herbe des rues
et le jeu qui fait grandir
le masque c'est moi
ça y est
les belles choses arrivent
et je ne suis même pas pressé
pâte à tartiner
icônes détournées
réflexe de survie
un seul mot d'ordre
faire danser le dieu dans mon esprit

vendredi 14 mars 2014

l'ombre le réchauffe et le voyage est gratuit

psychothérapeute
détective privé
la tristesse le retrouve toujours 
dans cet hôtel
dans cette petite ville
ou dans ses rêves
ou dans ses souvenirs
quand il cherche un masque
ou un visage
une image véhiculée
par des valeurs fluctuantes
grâce à dieu
il n'a plus besoin de GPS
pâques 2015
il s'en va par le chemin
des chiens et des bandits
de ceux qui n'ont plus le permis
c'est rien
c'est normal
l'ombre le réchauffe 
et le voyage est gratuit 

samedi 8 février 2014

litanie

même tes amis te jugent
et dormir ne sert à rien
dieu triomphe toujours 
dieu en tant qu'algorithme
4 h 47 la gamberge se termine enfin
il est temps de tracer
l'aube l'iode la peau en tant qu'arme blanche
le type enfile sa veste robuste
la tronche encore froissée
y a toujours cette pierre au dessus de lui
et c'est pas une pierre normale
il regarde par la fenêtre de sa chambre
avec vue sur que dalle
ouais il est grand temps de tracer
les flèches de l'été indien l'ont conduit jusqu'ici
la litanie le sud
et cette petite ville maussade
et cette petite ville au bord de la merde
et cette jolie petite ville à la réputation internationale
qui a toujours su prendre soin de la fiscalité
de ses rois de ses artistes 
de ses sportifs les plus fameux
ouais vraiment temps de tracer
il passe devant le cimetière
il passe devant le camping municipal
leur trouve quelques similitudes
à la boulangerie du coin
il s'achète de quoi se restaurer
un truc frugal mais chaud
avec une finesse de mouvement incroyable
le ciel s'est soudain agrandi
qui paye sa tournée de rosée
le long du canal d'irrigation 
le type chope dans sa besace
son avant-dernière canette noire et dorée
et la craque en trinquant à la bonne nouvelle
l'arrivée officielle de l'automne
et puis le rire des corbeaux

vendredi 7 février 2014

pas de cérémonie pas de champagne

pas de cérémonie pas de champagne
rien de spécial
tous les néons de l'horizon grésillent en même temps
à travers des halos à travers des trucs verts
à travers les canines de l'air caniculaire
et l'orage grogne comme un ivrogne philosophe
et l'orage gronde comme un ogre en guerre
on dirait que Dieu en personne va sortir ses poubelles
les couilles à l'air en bas résille et porte-jarretelles
pas de cérémonie pas de champagne
rien de spécial
la pluie parle plusieurs langues mortes
la pluie lave les ailes des oiseaux
la pluie lave les cheveux des chevaux
la pluie remplit tous les trous de la terre
et le ciel vomit des morceaux
et le ciel lance des couteaux
la plaine en est pleine
la plaine est pleine de plaies
la plaine est pleine de peines
pas de cérémonie pas de champagne
rien de spécial
les journées sont des schémas
les semaines sont toutes pareilles
ma bagnole c'est ma cabane
ma famille c'est de la merde
j'ai un nouveau téléphone
mais personne à qui téléphoner
exception faite de ma psy
qui ressemble à une bouteille de whisky
mais motus pas de publicité
pas de cérémonie pas de champagne
rien de spécial
j'ai prévu de ne rien prévoir
et c'est tout un programme
que de jubiler sans joie
en bronzant sous la grisaille
je me fais des frondes avec mes fluides
et je tente le tout et je vise le vide

jeudi 23 janvier 2014

Maori

tu sais le Maori qui voulait nous taper 
je l'ai revu l'autre fois à l’arrêt de bus
il gueulait comme un perdu 
dieu est mon sponsor
dieu est mon sponsor
les épinards améliorent la vue
peu importe la mode 
tout finit par puer
je me douche viteuf' 
je mange un bout hein 
et je te rejoins 
tous les soirs y a une animation 
c'est vivant comme petit village
c'est ma femme qui s'en occupe
au moins jusqu'à mardi
la montagne franchement moi j'y vais pas
passque mon bébé il aime pas ça
confier la gestion du personnel
à la personne la plus techniquement compétente
est une erreur récurrente
surtout quand elle est gaulée 
comme mon petit doigt
ils lui ont rien craché 
rien que dalle 
c'est pas de l’argent massif 
oui je suis au courant
tu le fais tourner trois-quatre fois
et ton esprit s'apaise enfin normalement