samedi 16 juin 2018

fête des pères 2


Christophe a arrêté l'école à 14 ans
Christophe est devenu agoraphobe
Christophe a été SDF pendant deux ans
et ça l'a libéré de tout en fait
de la souffrance comme de la compréhension
Christophe a un fils autiste
Christophe écrit passqu'il le doit
son écriture ne pue pas l'atelier
son écriture ne pue pas la résidence
son écriture ne pue pas l'éducation nationale
(simple avis)
oh
et il ne boite plus l'oiseau qui vient de s'envoler


papa Fraxion est content que je l'appelle
il s'est trouvé un petit boulot d'archivage dans son ancienne entreprise
ça lui évite de ressasser à longueur de journées
papa Fraxion est content mais il pleure comme chaque année car on est en juin
et qu'en juin 1956 son père fut assassiné sur le pas de sa porte pendant la guerre d'Algérie
et sa dépouille ensanglantée allongée dans la maison sur la table de la cuisine
il n'y avait pas de psy à l'époque
et un gradé est venu tapoter sur l'épaule de mon paternel (12 ans à l'époque)
pour le réconforter en lui disant
le mieux c'est d'oublier tout ça petit
bon
il n'a pas oublié papa
à part ça Inch'Allah
dès que les beaux jours reviennent il veut qu'on se fasse un barbeuk


Thomas le lycanthrope doit se refaire de la corne
Thomas le lycanthrope s'est brûlé les doigts pendant deux heures afin de me trouver cette super boucle basse/batterie
j'ai de suite trouvé le poème qui va aller avec
me tarde qu'on répète tout ça


Nathalie déteste le mot cohérence
et je ne peux pas dire que cela me surprenne


et moi je dis que gentil c'est pas une insulte
et moi je dis que les accents c'est pas des maladies
et moi je dis qu'on on est tous un peu ceinture noire d'auto-sabotage


(toujours pas de nouvelles de mon frère)

dimanche 10 juin 2018

fête des pères


Jim discute avec son amoureuse de la maternelle
je le chambre en lui disant que ça tombe sous le coup de la loi son truc
pas mal ta blague il me répond
Jim répond toujours «pas mal » 

quand il trouve ça bon

bouh ça va pas
Mireille trouve qu'elle a pris un sacré coup de vieux
sinon elle a passé de merveilleuses vacances au bout du monde avec sa fille de 26 ans


Nathalie est triste de l'élimination de son chouchou Novak Djokovic à Roland-Garros 
mais Marco Cecchinato (72 ème joueur mondial)
était tellement heureux alors ça va
elle prépare une pizza en râlant que je ne vienne pas au marché de la poésie
elle ne veut pas que je l'oublie
elle a trop de trucs à me raconter

Safia ne porte plus son alliance
elle préfère tailler des pipes que de rouler des pelles en ce moment
rouler des pelles c'est trop intime
Nathalie est entièrement d'accord avec ça

deux mamies pomponnées me demandent si c'est la pluie qu'on entend
non c'est la guerre je dis
ça les fait marrer

(toujours pas de nouvelles de mon frère)

vendredi 8 juin 2018

sine die


il pleut
il pleut comme si personne ne devait plus jamais revoir le soleil
il pleut tellement que même sous la mer il doit pleuvoir
y a pas la mer ici
y a une galerie marchande où
les gens ont des têtes de gargouilles
(logique)


tu peux être heureux lui dit-elle
tu m'as détruite
légitime défense lui dit-il
je ne pouvais me laisser mentalement tuer par tes blessures d'enfance


histoire passionnelle qui ne pouvait pas faiblir sans exploser
histoire passionnante qui te laisse totalement orphelin
tu chiales dans ta bagnole
et tu rates ta sortie sur la rocade

au moins t'auras vécu

les jours passent et un épicier se tire une balle dans le ventre avant de mettre le feu à sa boutique

les jours passent et tu voles une petite culotte dans le sèche-linge de la laverie automatique

les jours passent et des anarchistes pas espagnols délirent sous l'emprise de la drogue
merde à votre statu quo
merde à votre générosité
ils gueulent et les jours passent
un zonard crache sur des oiseaux


y a des problèmes auxquels on tient
(surtout le dimanche)


la reine du psychodrame continue de te haïr pour ne plus se haïr elle-même
dialogues avec les démons qui nous jugent la nuit


tu es le seul mec invité à cet anniversaire dans ce bar lesbien
soirée parfaite au sortir de laquelle
tu pars tenir compagnie à ta grand-mère
qui souffre d'une maladie neurodégénérative
ta famille se déchire salement autour de tout ça


paysages modifiés
même scène sous un angle différent


si je te dis ce que je pense
chuis un goujat
c'est ça ?
et si je te dis rien
c'est que je te mens
c'est ça ?
moments minables que la mémoire retient
elle est furieuse contre toi
la danseuse qui t'avait mis le cœur au carré
et pourtant elle a très envie de te revoir


l'absurdité c'est la base
l'enquête perpétuelle aussi
les entités primordiales sont vraiment là pour nous faire chier
alors on boit
alors on fume
alors on obéit

on croit tout contrôler
on parle d'honnêteté
on croit tout contrôler
on fait de la merde
on conçoit un enfant avec un mâle alpha et on se retrouve à élever des névroses


nous les singes de dieu
nous sommes absolument légendaires et pitoyables
nous les singes de dieu
nous suivons des règles sans y réfléchir
et nous éprouvons une étrange sérénité à y déroger quand l'occasion se présente


la planète s'amuse
comme une grosse enflure
grand scénario cosmique
permanence du génocide
sauf des fois lorsque des groupes d'influence décident d'agir en faveur des droits de l'homme et de l'environnement

enfin bref
y a des gens qui ne font rien et qui  t'expliquent exactement quoi faire
enfin bref
y a des poètes obscurs qui sont bien pratiques pour se réparer l'ego

d'un seul coup tout devient limpide
ta malédiction pourrait finalement devenir un boulot à part entière
tu reportes ta dépression sine die

lundi 4 juin 2018

psaume


c'est bien de le savoir dehors hein  
tout ce soleil qui nous attend
tout ce soleil que nous faisons languir
tandis que tu me commentes à poil sur le ventre le match de tennis à la téloche

et puis on boit des bières
et puis on interviewe les hirondelles 
dans ce ciel qui pèse des tonnes
cris cachés
bruits silencieux qui vont de zéro à cent

psaume des nuages qui nous font toute la nomenclature des robes
psaume des ânes sauvages qui se désaltérent à la source
psaume de la violence qui nous fait progresser

envie de dingue
envie de te bouffer le cul pendant que tu fumes ta clope à la fenêtre en m'expliquant la vie des voitures dans la rue en bas de chez toi 

nous on fabrique
nous on s'invente une plage pour se pencher sur nous-mêmes à quatre pattes
nous on se la refait la peau neuve décalottée
la cerise de la belle vie bien ouverte
où les mots sont à nouveau les mots
où les mots sont à nouveau nouveaux
où les mots sont comme qui dirait repulpés

je te fais les épaules
je te fais les yeux
je te fais la poésie
je te fais le col à la Sinatra comme tu me l'as appris
pour te faire rire bien sûr
pour te draguer bien sûr
pour t'aimanter la poitrine avec mon thorax et que roule encore l'autonomie de ton bassin

je réécoute ton clapotis et non pas les gens ironiques qui le sont par réflexe de ne plus ressentir grand chose
je réécoute ton clapotis brûlant qui me coupe et qui me cueille

en doublant des trains et des trains de camions sur l'autoroute
je pense à nous
je me travaille un téton pour éviter le vide

vouloir politiser la musique
c'est comme psychanalyser la levrette
un truc vain

renforcement musculaire au poids de corps
en mode taulard de bon matin 

en mode tarlouze l'après-midi
je sue donc je suis

et je vais rester sale 
et je vais m'aérer la tronche
et je vais cultiver mon esprit mais sans  oublier d'aiguiser mon couteau

la ville ment mille fois moins que la foule qui rêve ce soir
et penser ne fait pas avancer les cailloux

mercredi 30 mai 2018

supernova à effondrement de cœur


parait que t'es un peu con 
parait que c'est plutôt bien de l'être un peu
parait que t'es ni domestique ni sauvage comme animal
parait que t'es un traumatisé du système scolaire
parait que t'as des pupilles d'héroïnomane  
parait que t'es un pseudo poète
parait que t'es doux au toucher
parait que t'as disputé un 32ème de finale de coupe Gambardella
saison 86-87
parait qu'en tant que joueur t'étais trop football et c'était pas forcément qu'une qualité aux dires de certains

zéro zéro à la mi-temps
zéro zéro dans vos maisons
zéro zéro dans vos visages
zéro zéro
et puis poteau rentrant lucarne
le sport se coltine l'absurdité de la vie avec une pertinence que certains philosophes ne possèdent pas

boire
pleurer 
ne plus se souvenir de rien 
c'est la fin du monde ou juste celle de tes rêves d'adolescent 

c'est plus tout à fait la nuit 
c'est pas encore le jour
dans sa tête elle ouvre les yeux
elle veut une autre vie
elle se fabrique un nouveau nom
son biberon est rempli de vodka plus chaude que de la pisse
putain de folle qui parle à la pluie 
miss météo complètement magané dont la maman jetait tous les cadeaux à la poubelle quand elle avait sept huit ans
frissons neuroatypiques 
comme à chaque fête des mères

la terre est noire 
la terre tourne en silence comme t'aimes 
lotissement de banlieue à fuguer 
quitte à devoir commettre deux trois trucs indignes
enfreindre et briser 
tu te sens tellement bien que ça pourrait te faire mourir
(normal)
refrain qui dit
avoir envie de mourir c'est pas marrant mais t'as connu bien pire
des pages et des pages de blessures

les fées sont maléfiques
elles discutent du bon côté de la guerre
de la technologie qui sépare les gens
elles veulent t'arracher la tête
et tu n'es pas forcément contre
refrain qui dit
le plan est simple
y en a pas

légendes dans le système nerveux
légendes des chevaux qui hennissent dans les étoiles en mâchant du fer
convoi de camions transportant des morceaux de voie lactée

tes erreurs te permettent d'accéder à une certaine vérité 
routine de fantômes et de démons
qui comprennent tout de toi

merveilleuses coïncidences
beauté bizarre de l'univers
on fait les sept figures du clown pour ne pas être abandonné
tout le monde fait ça
on appelle ça de l'amour
au début

lumière classique venant du nord
tu vaques avec une clocharde bipolaire d'avoir passer tant de temps dans cette réalité
tu vaques avec un flic dépressif qui te raconte ses piètres tentatives d'être bon père et bon mari
tu vaques avec une veuve alcoolique qui t'incite à la fornication
tu vaques dans la vapeur des machines comme un personnage sans vécu

grâce de fusée
rire de fusée
tétons de fusée
seins nus 
elle lit ton manuscrit à l'hôtel
putain de moment inoubliable
elle dit qu'elle se sent sauvée 
le contrejour faisant vitrail

nids de poils
enculades de bouches 
strabismes ensoleillés
vous rêvez dans vos girons en attendant l'heure de l'autocar
tout est réglé et pourtant rien n'est résolu

tu es un mec du XXe siècle toi
ta première bagnole fut une Renault 12 
et ton premier autoradio un magnétophone à cassette

lundi 28 mai 2018

tout va bien jusqu'à ce que tout aille mal (2007)


ma mère c'est pas le style de personne à attraper une tique
avec ses poils pubiens
quoique l'idée serait plutôt sympathique
qu'une quelconque forme de vie puisse sans danger
s'approcher de son clitoris
et ma sœur c'est pas le style non plus
ni à chier dans les bois ni à baiser dans la nature
faut voir comme elle vaporise tout à la vanille artificielle
quasiment après chaque miction de son petit mari si présentable pourtant
depuis que choyé depuis que chéri par le syndic
et l'opinion publique
encore un à qui je ne peux pas expliquer
que l'herbe est vachement bonne
qui va vachement bien avec le vin
ni que la poésie de Johnny Lechien
me rend carrément amoureuse là bas tout au bout du toit
dont le ciel fait des étoiles en respirant
c'est simple ma mère à part donner des ordres
n'aime rien sauf sa cuisine si bien intégrée
un modèle du genre faut dire
dommage que personne n'y vienne manger
à part ma soeur bien sûr
ma soeur qui n'a jamais vu de médecin de sa vie
ma soeur qui se soigne en rendant les autres malades
avec un tel entrain
que chantage et harcèlement doivent être certainement
deux façons de jouir
ça fait qu'une fois seule
sourire me fait mal
ça fait qu'une fois soûle
souffrir me fait rire
mais tout va bien
tant que personne ne saigne sur les places de parking
réservées aux copropriétaires
tout va bien en général jusqu'à ce que tout aille mal
ma mère a encore assez d'amour pour moi
pour continuer à me détruire

vendredi 25 mai 2018

Pentecôte


Monique a tout fait pour faire de sa fille une femme autonome car Monique a toujours beaucoup souffert de ne pas l'être
à la moindre occasion sa fille ironise  cruellement sur le manque d'autonomie de sa mère
Monique a envie de pleurer

Pierrick est allé s'expliquer une bonne fois pour toutes avec son ex-femme
sans faire exprès
elle lui a cassé le nez
sans faire exprès
ils ont baisé
la vie quoi

Nath fait des listes et puis elle les oublie
la poésie qui réunit est une belle idée qui la débecte 
on cherche des endroits pour se bouleverser un peu
on cherche des rades
on cherche des églises
on cherche des angles morts pour se mettre des doigts et puis se faire les seins

Karl se la pète
il est peut-être enthousiaste mais il se la pète
il dit pas que des conneries mais faut faire grave le tri
en tant qu'artiste employé par l'état
il couche un peu trop avec lui-même
et même que ça pue

putain ils sont en train de me voler mon ciel
putain faut que j'en trouve un autre
ils sont en train de détruire mon terrain vague
et ils appellent ça construire
le maire du quartier précise qu'il travaille à notre cadre de vie
le maire du quartier qui n'habite pas le quartier bien sûr
la sururbanisation me donne des envies de sabotage

Quentin doit se faire opérer d'un rein
Quentin veut se remettre à la boxe française
Quentin a la gueule de bois
moi aussi
d'habitude ça me rend empathique à mort
là ça me rend vener de tout
automutilation réflexe
je rebois

(toujours pas de nouvelles de Jim Floyd)


jeudi 24 mai 2018

rétrofuturisme


vive le stress qui te redonne le souffle de tout ou presque
vive le trauma qui te rend la clarté splendide ou presque
vive l'insomnie en tant que nouveau pouvoir
vive les tournois secrets d'autofist féminin

tu es banal
tu t'exprimes mal
tu es tout le contraire de brillant
elle était heureuse
tu étais en dépression
il était 19h45 pour elle
huit heures moins le quart pour toi
weekends totalement schizos

non tu ne l'as pas trompée avec la première musicienne venue
non tu n'es pas allé aux putes avec Jim
non tu n'as pas besoin de reconnaissance
(pas tant que ça)
non tu n'es pas poudré le nez avec ta cousine
non tes potes poètes ne sont pas de sales petits phallocrates
(pas tous)

écouter des musiques angoissantes
te détend
Whitehouse
Programme
Bohren und der club of gore

avec
tu longes des murs
avec
tu suis les méandres d'un monde imaginaire
air métallique délicieusement empoisonné
des elfes anthropophages fument et la nuit fume aussi
vaisseau de guerre que le ciel ce soir

tu feintes un punk à chien qui essaie de t'imposer sa réalité de taxeur pénible

tu reconnais le monsieur qui hier s'intéressait à l'invention du peuple juif tout en cherchant un chauffe-biberon

des choses qui arrivent
des histoires de perte et de vengeance
des légendes urbaines d'anges nucléaires marchant pieds nus

un désir assouvi en génère automatiquement un autre
(fatigue)

la terre a six milliards d'années dont six mille de civilisation
tu es en train de méditer sur cette perspective
lorsque tu recroises la jeune fille de 70 ans qui en parait 17
et à qui on demande toujours de justifier son identité lorsque elle souhaite acheter de l'alcool
chômeuse violée par un monstre porno
elle a traversé le merdier et pourtant elle sent toujours aussi bon
selon elle
les anciens ne font plus preuve de sagesse
les politiciens imposent des lois injustes
ils sont dépravés
ils sont cupides
et tout va bien tant qu'ils triomphent
pendant ce temps
certains adolescents se remplissent à ras bord
mammifères débiles dépourvus d'altruisme

pourquoi laisser dieu à la religion
pourquoi laisser la poésie aux universitaires
pourquoi laisser nos parents baiser nos blessures

mère distante
père absent
tu as besoin d'une seconde chance
de retrouver confiance en toi
les tranquillisants qui empêchent tes nerfs de repousser trop vite
te greffent des ailes défectueuses
une ville passe dans les nuages

tout devient ridicule
les problèmes d'argent
les problèmes d'appartement
les problèmes d'avenir

tu n'écoutes plus ta petite voix intérieure qui ne te parle que d'échecs et de regrets
tu rêves d'aventures souterraines en compagnie d'un roi clochard

dieu t'encombre
seul le hasard est fiable

y a de la lumière dans la superstition
y a des zones d'ombre dans la science
y a des écrivains plus passionnants à écouter parler qu'à lire

continuer à se cultiver mais pas jusqu'à l'apathie
chercher du sens mais pas jusqu'à la connerie
rester digne mais pas trop
amen

viens voir sur le balcon ça sent la mer
elle dit
la mer a retrouvé notre adresse
tu dis
et tandis que nous sirotons les étoiles
quelque chose crépite en nous qui nous applaudit

cheval de feu
chien de métal
on a faim
on a soif
on pue
on dénombre nos vertèbres avec la langue
on se crache sur la queue en priant
on paye notre tournée de cunnilingus
nous qui faisons les animaux
nous qui faisons les ongles
nous qui faisons les yeux
nous et nos 55 façons de nous mordre