mardi 12 décembre 2017


les frites de la vérité pure (2014)

quand il s'agit d'éthique et de morale
les règlements deviennent de suite confus
et il se peut qu'ils le restent


à l'approche des fêtes de fin d'année
au Flunch
tout fait toc
sauf les trois copines
qui gloussent dans un coin
en comparant leurs achats respectifs de dessous
elles ont quoi
20 piges
et portent toutes le hijab


moi en tant que poète de cafétéria
qui se consacre parfois
aux frites de la vérité pure que contiennent les blasphèmes
moi je kiffe grave 


tiens
y a le père Noël qui sort des chiottes

vendredi 8 décembre 2017

décembre 2017

jardin potager dans un angle mort

parait que t'as la rage du réel
parait que tous tes potes se mettent à la basse
parait que ta barbe sent le rémugle
parait que t'as les mains qui épaississent
parait que tu ressembles à un pope des rues
parait que t'as l'air de sortir d'un film post-apocalyptique
parait que tu fais ton âge désormais
parait que pour des raisons personnelles tu as arrêté la consommation de pruneaux
parait que tu soûles tout le monde avec tes parait

tu t'es regardé dormir toute la nuit
la vie des morts en toi t'épuise
visions de renards chassant sur le parking
visions de seins massifs lissés par la salive

jardin potager dans un angle mort

le ventre et la volonté
ont créé les premiers verbes du monde
choc sans surprise
vivement ce soir que tu te couches


théories complotistes qui vont avec les trainées de condensation dans le ciel
les tours de magie de la lumière
les grands dièses
que traversent les oiseaux migrateurs

ta séance de sport te remonte à la surface
du cardio du statique
une demi-heure trois fois par semaine

tu pars acheter le journal
le vent est redevenu ce dieu Viking sans pitié
sa mère la pute

les ouvriers du bâtiment ont ressorti les pulls et les strings fourrure
fou rire
y a toujours un gag dans les tragédies
grosse ambiance à la Chope Gauloise où un toubib trinque à la joie d'être endetté
bouteille de champagne de bon matin
en compagnie de sa maitresse
féminité en train d'éclore
  
inapte à rester ici
tu rabats ta capuche sur ton bonnet
badge de Walt Whitman accroché à ton blouson
tu traces
tu as une lessive à faire tourner
aller-retour
la laverie est à deux kilomètres

un type croit te reconnaître
un type avec un grand chapeau
qui dérive comme un produit
frère parallèle titubant sur des tubes intérieurs
des phylactères sortent de sa tête
ça dit qu'on prend les gens pour de la merde
ça dit qu'il faut pas s'étonner après si ça chlingue

y a quelque chose devant toi que tu ne vois pas
quelque chose qui n'est pas là
quelque chose qui te rend malheureux

besoin de fiction
tu mangerais bien une pizza végétarienne


marasme de tout
des demoiselles
des belles voitures
du peuple qui galère
des journées qui durent trois ans
des chaussures de sécurité 

si confortables quand on ne marche pas avec
du chef persuadé de gérer la vérité-terrain en passant ses journées devant son ordinateur

attente d'horizons
mouvements contradictoires entre le monde et toi
ton treizième mois que d'aucuns t'envient
c'est 1200 euros qui te permettent
grosso modo de payer tes impôts et ta taxe d'habitation

chierie
on appelle ça gagner sa vie

t'es un mec du XXème siècle toi
tu te bourres la gueule en écoutant
les crooners qui chantent Noël 

mercredi 6 décembre 2017

super lune

des betteraves
du chocolat
du vin blanc
des allumettes
du vin blanc
du riz complet 
du vin blanc

dans mon rêve de la nuit dernière
un chorégraphe de danse tribale trouvait que je mourrais très très bien

pierres belles arrondies par l'eau
lieu sacré de plumes et de feuilles mortes
lieu sacré où je m'entraîne à rien
lieu sacré où je progresse à vue d'œil

lieu sacré partout où je veux

les machines à laver de la laverie sentent
la térébanthine
la neige a été annulée
les gens s'égorgent eux-mêmes
tristesse pathogène qui les suit depuis l'enfance

mêmes radicalement différentes
les espèces de mammifères en grognant se comprennent parfaitement


mugissements aux nouveaux morts
aboiements aux derniers vivants

ici les ours sont des robots
ici un mec se gratte les couilles en tête de gondole
ici une hôtesse de caisse se plaint de ne plus rien voir de l'oeil gauche avant que de s'effondrer
ici un marmot m'explique tout ce que je veux  savoir sans prononcer le moindre mot
ici une vieille dame vient d'apprendre l'existence de sa sœur jumelle
courage qui
 protège du malheur mieux que les archanges

à trop se rayer la tronche
avec ma blonde
on a viré nos
 noms de nos calendriers respectifs

commun accord qui lui fait gueuler les tripes
commun accord qui me fait puer les yeux

à cette heure-ci
il n'y a quasiment plus personne sur la route
et c'est déjà beaucoup trop de monde

super lune qui prend toute la place
mais tout ce que je vois moi
c'est le givre noir que la nuit forge à froid 

mise en voix de merde n 4 (Alan Vega est mort)


vendredi 1 décembre 2017

de quoi tenir


ici c'est bien (2007)

ici c'est bien
tellement bien que je fais la gamine dans les résidences sous videosurveillance
tellement bien que je commence à sentir le bar-tabac
et non plus les conversations fétides de mes proches
tellement bien que je ne me défends plus de rien
même pas d'être un peu trop salope
même pas de faire attention à ne pas trop t'aimer
tu le sais toi,pourquoi je fais toujours ça ?
pourquoi tout ce qui est beau j'arrive pas à le parler
excepté quand des cocktails phosphorescents m'électrisent
dans la piscine
ma putain d'envie de toi
c'est tout ce que tu veux mais c'est pas romantique
excepté quand je t'évoque en remuant mes pieds sous la table
de la cuisine 

penses-tu à bien fermer la porte ?
mets-tu les volets à l'espagnolette ?
es-tu prés de moi alors que ma peau t'échappe ?

dans les toilettes fortifiées par le frais et par le calme
je relis ce que tu m'as écrit
et je me demande de quelle tranchée ça vient
et je te cherche sous des nuages épais comme des éléphants
et je veux encore des nuits blanches
où tu me perces à jour manu militari
et je veux encore des dimanches pourris
à faire des cabanes sur le lit
et je veux encore te souffler de l'eau de mer dans les bronches
jusqu'à te couper le souffle
jusqu'à te faire rêver la tronche
beaucoup passionnément
et t'embrasser tu sais comment
jusqu'à la dernière goutte

mercredi 29 novembre 2017

hamac

qu'il a pris le chemin des fourmis
qu'il a garé sa voiture sous le niveau de la mer
qu'il s'est installé ici pour échapper à la police
ainsi qu'à une carrière gratifiante de docteur plus fier de ses cheveux que de ses gamins

que c'est une belle journée qui s'annonce parfumée par les delphiniums et les noisetiers
que sa petite gueuse l'aime 
que sa petite gueuse sent bon
que l'espace fructifie

que loin de tout il se sent bien
hamac pour lire avec les chiens
tarmac en déshérence pour réfléchir en compagnie de toute une famille de souris

que sa gentillesse est une prison
qu'il faut qu'il trouve un truc qui marche
qu'il faut qu'il trouve un truc qui marche rapidos
ou sinon il va faire du sale 
il le sait 
et tuer dieu
enfin plus ou moins

qu'il a manqué de trop de choses dans sa vie mais jamais d'addictions
qu'il se sent suffisamment beau maintenant
qu'il va pouvoir enfin postuler à ce dont il a envie
qu'il va manger un bout de gras
qu'il va boire un coup de gnôle
qu'il va survivre un jour de plus et que ça sera déjà pas mal pour un connard dont la fille unique est morte d'être montée dans la mauvaise bagnole 

mise en voix de merde n 2


mardi 28 novembre 2017

presqu'île

temps brumeux mais beau
je ne me presse de rien
au milieu des champs qui ont tant ramassé d'embruns 

terre retournée que les goélands retournent encore

terre mer
mer terre

et entre les deux
dix-sept secondes de prière devant la croix autour de laquelle
l'air sent le sel et le fumier parti en poussière


le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille à l'instruction et l'instruction m'a reveillé à la révolte
et pourtant je me suis quand même perdu de vue

complètement perdu même

machines
moteurs
duvet d'oiseau accroché à la rouille

l'année grasse 
c'est du cran en prévision de l'année maigre
le temps perdu n'existe pas
le mauvais temps oui

c'est le temps qui dure beaucoup trop longtemps

y a des jours où y a du vide dans le paysage
y a des jours où je ne sais même plus marcher
y a des jours où je suis comme qui dirait foutu
vieux jours de tout 

où tout a un affreux goût de noisette
où y a des messes de partout
des messes pour les défunts
et des emprunts qui d'abord économisent la peine
et des emprunts qui ensuite pourrissent la vie

jamais d'emprunts jamais

les bêtes sont tristes de ne pas pouvoir se mettre à l'abri 
elles me regardent partir en direction du sémaphore
je n'ai plus aucun programme pour aujourd'hui sauf celui du vent qui bouge tellement que j'ai l'impression que la presqu'île s'éloigne

dimanche 26 novembre 2017

marmite (à Laurent Bouisset)

je roupille si je veux
je bouge si je veux
rien à foutre
je suis pas obligé de participer au monde normal des vivants qui ont l'air de travailler à se faire truander
et qui se font pourrir dans la touffeur
et qui se font engueuler dans la froidure et qui mangent de la soupe grise à longueur de journées

tous ces miracles de la vie gaspillés
leurs bouches sont comme des pansements que j'aperçois juste de l'autre côté de la barrière des arbres et des broussailles qui m'ont choisi voilà vingt ans lorsque j'ai commis trop d'erreurs et que mon frère a dû remboursé mes dettes
et que du coup je n'ai plus de dettes
et que du coup je n'ai plus de frère
et que du coup je vis ici parmi mes chats près de la rivière où y a personne pour m'emmerder 
sauf des fois
quand les fonctionnaires s'ennuient
et doivent distraire les pontes de chaispasquoi ou les présidents de chaispasoù 


dans ce cas-là
je pars me parfumer la tête ça veut dire vélo avec le vent
ça veut dire vélo avec ma vieille tête triste de n'y rien comprendre 


parfois l'incertitude m'empêche de dormir
mais je vais bien
à part mes yeux fatigués qui confondent couleurs et matières


même si l'idée du suicide m'a toujours réconforté

je vais pas me laisser flinguer le bonheur
surtout que ça mijote dans ma marmite
surtout que je lis le journal en compagnie de mes chats
surtout qu'il pleut fort aujourd'hui et que ma cabane a l'air de bien tenir le coup