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dimanche 26 novembre 2017

marmite (à Laurent Bouisset)

je roupille si je veux
je bouge si je veux
rien à foutre
je suis pas obligé de participer au monde normal des vivants qui ont l'air de travailler à se faire truander
et qui se font pourrir dans la touffeur
et qui se font engueuler dans la froidure et qui mangent de la soupe grise à longueur de journées

tous ces miracles de la vie gaspillés
leurs bouches sont comme des pansements que j'aperçois juste de l'autre côté de la barrière des arbres et des broussailles qui m'ont choisi voilà vingt ans lorsque j'ai commis trop d'erreurs et que mon frère a dû remboursé mes dettes
et que du coup je n'ai plus de dettes
et que du coup je n'ai plus de frère
et que du coup je vis ici parmi mes chats près de la rivière où y a personne pour m'emmerder 
sauf des fois
quand les fonctionnaires s'ennuient
et doivent distraire les pontes de chaispasquoi ou les présidents de chaispasoù 


dans ce cas-là
je pars me parfumer la tête ça veut dire vélo avec le vent
ça veut dire vélo avec ma vieille tête triste de n'y rien comprendre 


parfois l'incertitude m'empêche de dormir
mais je vais bien
à part mes yeux fatigués qui confondent couleurs et matières


même si l'idée du suicide m'a toujours réconforté

je vais pas me laisser flinguer le bonheur
surtout que ça mijote dans ma marmite
surtout que je lis le journal en compagnie de mes chats
surtout qu'il pleut fort aujourd'hui et que ma cabane a l'air de bien tenir le coup

mercredi 5 août 2015

Djamel

il parle tout seul
Djamel en djellaba
en survêtement
en sketba
en mode schlag
mais classe
il creuse l'espace
il creuse sa vie
il creuse l'espace avec sa vie
à 11 heures du matin
à 49 ans
à prendre certaines libertés avec le Prophète
pendant la canicule
pendant le ramadan
rongé par la rue
cramé par la bière
à l'arrêt de bus
à laisser passer tous les bus
à taxer des clopes
merci frère
avant on disait cousin hein
avant on disait jardins ouvriers
maintenant on dit frère
maintenant on dit jardins familiaux
c'est comme ça
les anciens
il les respecte beaucoup beaucoup
il parle tout seul
Djamel
il parle d'un certain Fabrice
qui n'arrête pas de foutre sa merde
qui n'en a jamais marre d'embrouiller les gens 
et qui lui a volé sa guitare
pourquoi il a fait ça
Fabrice 
ce fils de chien
il sait pas en jouer de la guitare
Fabrice

c'est pas son monde la musique
putain
son truc à lui c'est la violence
il aime ça la violence
Fabrice
surtout quand il a bien tisé
surtout quand il a bien sniffé sa merde
et Djamel dit qu'il va lui faire une nouvelle cicatrice 
à Fabrice
au cou
au couteau
et la tête au carré
et les deux yeux au beurre noir
que même ça lui fera un maquillage pour toute la vie
et que sa gueule à Fabrice
elle va ressembler à un tableau
il parle tout seul 
Djamel en djellaba
en survêtement 
en sketba