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dimanche 26 novembre 2017

marmite (à Laurent Bouisset)

je roupille si je veux
je bouge si je veux
rien à foutre
je suis pas obligé de participer au monde normal des vivants qui ont l'air de travailler à se faire truander
et qui se font pourrir dans la touffeur
et qui se font engueuler dans la froidure et qui mangent de la soupe grise à longueur de journées

tous ces miracles de la vie gaspillés
leurs bouches sont comme des pansements que j'aperçois juste de l'autre côté de la barrière des arbres et des broussailles qui m'ont choisi voilà vingt ans lorsque j'ai commis trop d'erreurs et que mon frère a dû remboursé mes dettes
et que du coup je n'ai plus de dettes
et que du coup je n'ai plus de frère
et que du coup je vis ici parmi mes chats près de la rivière où y a personne pour m'emmerder 
sauf des fois
quand les fonctionnaires s'ennuient
et doivent distraire les pontes de chaispasquoi ou les présidents de chaispasoù 


dans ce cas-là
je pars me parfumer la tête ça veut dire vélo avec le vent
ça veut dire vélo avec ma vieille tête triste de n'y rien comprendre 


parfois l'incertitude m'empêche de dormir
mais je vais bien
à part mes yeux fatigués qui confondent couleurs et matières


même si l'idée du suicide m'a toujours réconforté

je vais pas me laisser flinguer le bonheur
surtout que ça mijote dans ma marmite
surtout que je lis le journal en compagnie de mes chats
surtout qu'il pleut fort aujourd'hui et que ma cabane a l'air de bien tenir le coup

jeudi 19 novembre 2015

comme un peu de choix dans ma vie lourde

quand je préfère chômer plutôt qu'obeir 
je vais voir les arbres 
non loin des gravières où se reposent les oiseaux
où d'aller si vite la lumière du soleil semble presque immobile

presque
passque quelque chose tremble
autour des monticules de sable
comme un peu de jeu
comme un peu de choix dans ma vie lourde
peut-être grâce au vin
ou peut-être pas

deuil deuil
ce monde crèvera paradoxal
et moi aussi 
et moi avec
et oui Yoann
j'aime bien dramatiser

mercredi 1 janvier 2014

c'est vide et c'est beau comme un voyage chiant entre deux étoiles mortes

ce monde stupide est plein de symboles
ma petite sœur se sent seule et pourtant
elle ne veut voir personne et pour une fois
elle ne connaît pas de proverbe à la con pour exprimer ça
ma petite sœur refait son chignon-tortillon
ma petite sœur fouille dans son sac comme un marsupial dans sa poche ventrale
et l'infinie finesse du moindre de ses gestes fait carrément kiffer les fées
ce monde stupide est plein de symboles
quand il y a trop de monde ma petite sœur imagine
que les gens sont des arbres et qu'elle se promène en forêt
et s'il n'y a personne c'est pas le style à rester prostrée dans le noir
à regarder la télévision
à faire de l'électro-musculation
à fumer des plantes ésotériques
à attendre que ça passe
que la pâte à bois et que la caravane passe
non son truc c'est plutôt de faire le ménage habillée en salope sexy
de faire la vaisselle en écoutant du Vivaldi
et de passer l'aspirateur en écoutant du McLusky
en espérant que tout ça puisse aussi nettoyer son âme
ce monde stupide est plein de symboles
le vieux sperme passe dans la pisse
les vieilles larmes dans les sourires
et ma petite sœur sourit
et son sourire fait des étincelles
et ses yeux font du feu
les mêmes yeux que ceux du petit chaperon rouge
qui a mangé du loup au lit et pas qu'un peu
le même feu qui brûle mais qui réchauffe
ce monde stupide est plein de symboles