dimanche 8 avril 2018

dandy (2017)


que sa vie c'est comme un film
qu'il suffirait de le suivre au quotidien avec une caméra
qu'il aime aider
qu'il a un grand cœur
qu'il tient ça de son père
qu'il peut se montrer impitoyable avec les médiocres
qu'avec les mots il peut dézinguer n'importe qui
les SDF
les bourges
qu'il peut évoluer dans n'importe quel milieu
les SDF
les bourges
que c'est pas des couilles
qu'il vit en dandy
qu'il va passer l'été en Italie
qu'il a eu une copine danoise
qu'il ne s'intéressait pas à ses pièces de théâtre
qu'elle en a eu marre de sa gueule
qu'il ne souvient plus trop de son prénom
Nikoline ou Samira ou Salima ou Maribel
que les relations amoureuses qui durent
le font basculer dans la dépression
un truc grave
que la dépression a fait foirer ses couples les plus valables
que son infidelité aussi
que c'est pas pour se vanter
mais qu'il est fort pour faire rêver les meufs
qu'il a un grand sens de l'improvisation
qu'il a une grande qualité d'écoute
qu'il a un ego complexe car multiple
que les petites jeunettes aiment bien se taper des vioques comme lui
des vioques pas vieux dans leur tête
des vioques pas vieux dans leur façon de voir la vie
que c'est pas des couilles
qu'il vit en dandy
qu'il va passer l'été en Italie
ou à Séville
et qu'il ira aux putes
qu'il tient un carnet
le fameux carnet jaune où il consigne tous les prénoms des nanas qu'il drague ou qu'il tringle
Nikoline ou Samira ou Salima ou Maribel
leur âge leur taille leur profil social
celle qui a de gros seins
celle qui a des complexes
celle qui est trop jalouse
et que la Mayenne est un trou à merde
un des pires de France
qu'il lit L'Equipe en terrasse
qu'il adore le cyclisme
sport noble par excellence
qu'il a eu l'occasion de discuter avec Bernard Hinault
que c'est pas des couilles
qu'il vit en dandy
qu'il va passer l'été en Italie
qu'il a vécu dans une cabane dans les Landes
sans eau et sans électricité
45 euros par mois
un canapé
du pinard
et que c'est ça le privilège d'être au RSA
que s'il avait vraiment de la thune
il passerait sa vie à l'hôtel
qu'il a fait partie d'un cirque
qu'il est jongleur
qu'il lit L'Equipe en terrasse
qu'il boit du vin Corse
qu'il réglera la note avec le chéquier de sa maison d'édition
que le Danemark c'est nul à part les gonzesses
qu'il aime les femmes qui préfèrent le cul aux taches ménagères
et qui surtout ne le tannent pas avec leurs histoires de boulot de merde
qu'il aime varier les plaisirs
qu'il aime les foulards de couleur
qu'il aime surprendre les gens
qu'il tchoure dans les grandes surfaces par pur esthétisme
que son copain Mathurin
que sa copine Ana
qu'ils vivent en squat
qu'ils viennent d'avoir une petite fille
qui est belle comme une algue
que c'est pas des couilles
qu'il vit en dandy
qu'il passera l'été en Italie ou à Séville
mais pas en Irlande
passqu'en Irlande
des putes y en a pas

en compagnie de Léon

euh (2001)



je sais que ça va bien se passer
quand l'omniprésence des bons citoyens se fait moins toxique
et que donc l'amour semble enfin possible
l'amour et tant pis si c'est rien qu'une programmation biochimique
une de plus on va dire
euh
je sais que ça va bien se passer
quand un couple de lesbiennes au bar taquinent
ma bulle de confort psychologique avec leur langage corporel
en faisant semblant de chercher une saucisse pour leur sandwich
euh
je sais que ça va bien se passer
quand le basculement des équinoxes me permet
de quasiment désintégrer le truc merdique qui me poursuit
systématiquement quand je sais que tout va bien se passer

vendredi 6 avril 2018

photo Jim Floyd

la nuit c'est tous les jours


2018
même les zonards se la pètent dans ce quartier
et les dames marchent comme si elles trimballaient le Saint-Graal entre leurs cuisses
(pas toutes)
je lâche un rot à soulever leurs jupes mais c'est leurs masques qui tombent

1991
ma mère demande le divorce
mon père l'attrape violemment par les épaules
et ne veut plus la lâcher
je dépose doucement mon père au sol

sinon avec le recul
je peux maintenant affirmer que leur divorce
nous a tous bien fait progresser en tant qu'êtres humains
faut bien le reconnaître

la vulnérabilité rend plus fort

2018
pour me situer ou bien pour me perdre
je regarde toujours le ciel
caresses que je gueule
emmerdes que je mords
pas de réseau social
pas de monde mort

1997
louée soit Emmanuelle

pas celle-ci 
l'autre
louée soit l'extrême-gauche

pas celle-ci l'autre
j'ai enfin un corps et en plus c'est le mien
et puis j'aime toujours autant ces histoires d'adultes qui fuguent

2018
je quitte l'autoroute
les vibrations de la bagnole me bercent les couilles
je poursuis un signal un écho une anomalie 
tant pis si le besoin de comprendre m'égare à tous les coups

1996
vous savez qui je suis au moins
elle me dit en colère
oui je sais
vous êtes une putain de vieille gargouille
je lui dis avec mon chagrin
CDD non renouvellé

2018
pour une fois
je sais exactement ce que je fous ici
dans les caves d'un château hôpital
le temps y passe différemment
et mes souvenirs arrêtent un peu de me conditionner

1992
je suis veilleur de nuit
j'apprends en 18 mois tout ce que dix années de système scolaire ne m'ont pas appris
l'école est partout sauf à l'école

2018
la route est déserte qui tourne sous des nuages bien blancs
dans un ciel bien bleu
d'ici je peux quasiment embrasser toutes les directions d'un seul regard
tout cet espace me réapprend à respirer en fait
en plus de me laver les yeux

2001
je fuis ma vie dans les cinémas
je bois quasiment trois bouteilles de whisky par semaine
et la bière me repose du vin
et le vin me repose de la bière
visiblement quelque chose me fait mal
et je ne sais toujours pas quoi
graisse dipsomane

2018
mes poèmes la pluie s'en chargera
et mes ongles n'y pourront rien
la semaine c'est pure invention humaine
et la nuit c'est tous les jours

post scriptum
qu'elles viennent enfin les bêtes sauvages
j'ai un instinct à réparer moi

mercredi 4 avril 2018

monotribe douze


binôme (à Nathalie)



cabriolets que nos têtes en bord de mer
bouteilles à la merde sous l'influence de la lune
plutôt que de faire l'arbre
on badine à mort
et tu as failli louper ton train
et tu as presque couru

silence habité
le temps de renouveller nos peaux de mammifères qui se souviennent de trop de choses
silence habité
le temps de remplacer tous ces trucs inexorables par beaucoup mieux c'est-à-dire par n'importe quoi d'un peu improbable 

chaleur des mots
chaleur des mots qui prennent chair
patates et saucisses pour aller aux jolis mots sales de l'amour

on les fait revenir à feu doux
les yeux

on les fait revenir
mangeailles dans le cou de nos souffles coupés

tu es trop chou comme garce je trouve
j'aime bien te faire crier je crois
comme j'aime bien que tu me l'enlèves de la bouche
l'aurore
comme j'aime bien que tu me la remettes dans la bouche
l'aurore
bénis nos doigts qui nous peaufinent
sacrée la natation dans nos nids où nos raies se lavent
et puis vagues de nos ventres quand la joie nous allège 

vagues de nos ventres tandis que le soleil nous télescope exprès afin de nous regarder mieux 
exprès afin de nous mieux regarder

vin
vue
voix
les bonnes nouvelles ont retrouvé nos adresses mais c'est toujours l'errance qui nous héberge

et on continue à creuser le poème
l'espoir c'est vraiment pour les connards
et on continue à creuser le poème
guerre des oiseaux aussi cons que des hommes
et on continue à creuser le poème

à dire chien pour la langue
à dire chien pour la salive
à dire doux baisers binôme

dimanche 1 avril 2018


Stéphane (2016)


comme chaque dimanche
du temps ordinaire
95 % des hommes creux
tournent en rond en terrasse
sur le balcon
dans des cubes
dans le doute
dans leurs besoins d'automatismes
ils attendent une nouvelle orientation de leur vie
ou bien une quelconque embellie dans leur quotidien

comme eux je n'ai aucun projet
juste deux-trois rêves qui m'améliorent
passque moi j'ai admis mon niveau de merde

rame en approche
la sobriété me défonce
il se peut que j'aboie

lundi 26 mars 2018

Mémé (2013)


Mémé 
ma Mémé adorée
juste pour te dire que grâce à tes sous
je me repose enfin de ce bon vieux système patriarcal
qui favorise si bien certaines sécrétions vaginales
mais plus les miennes
mais plus celles-là
mais plus maintenant
mais plus jamais
je me remets lentement ma Mémé
je récupère pour de vrai
guérie de mon rôle guérie de mon rang
guérie de ma faible personnalité
comme dirait ta fille ma chère Maman
qui ne se démettra pas une épaule
en essayant de me consoler...
mais contrairement à elle
j'ai plus (trop) besoin de tous ces trucs et ces machins
qui rendent vrais et beaux les gens qui ne le sont pas trop

pendant ce temps des mélanges hyperféroces me lavent les nerfs Mémé
et me relâchent au large dans des mers hyperbouillantes
qui me soignent le sang
qui me font mouiller grave
comme une véritable petite salope
comme la fiancée secrète du requin-tigre

ta petite-fille qui t'aime
où que tu sois désormais

en compagnie de NatYot

vendredi 23 mars 2018

phatique


le fameux poète me déconseille fortement de travailler avec cet éditeur 
que l'éditeur et moi dans la même pièce
il ne sait pas ce que ça peut donner
que ça peut même faire du vilain


le fameux poète me confie également
qu'il faut se méfier des éditeurs qui sont des auteurs frustrés

je lui dis que je vais quand même me décider à confier mon manuscrit à l'éditeur
que j'ai trouvé ses arguments limpides contrairement à certains
que son envie de me publier me semble sincère même si je pressens qu'il eût préféré que je sois homosexuel
que je trouve ses livres classieux qui plus est
et son désir de faire évoluer son catalogue tout à fait louable voire carrément courageux

le fameux poète est surpris
il me dit que je ne devrais pas faire ça
que l'éditeur navigue à vue
qu'il n'a pas de ligne éditoriale
et blablabla et blablabla

je remercie le fameux poète pour ses précieux conseils et je retourne à ma bière

six mois plus tard
je constate que le nom du fameux poète apparaît au catalogue de l'éditeur
et je me dis tiens...

mercredi 21 mars 2018

déontologie

la grande poétesse outre-Atlantique prépare une micro-revue littéraire basée sur le bénévolat comme c'est coutume dans le milieu

elle aime vraiment beaucoup un de mes poèmes la grande poétesse
elle a carrément flashé dessus mais elle a aussi des principes sur lesquels elle ne transigera jamais
elle ne me publiera uniquement que sous mon vrai nom
celui que m'ont donné mes parents

je lui réponds qu'en tant que poète
ma famille m'a toujours plus ou moins considéré comme un parasite déviant
traduire par fainéant
traduire par tapette
et qu'au nom du punk de Blaise Cendrars et des indiens d'Amérique
tout ce que je ne suis pas mais qui m'éclaire et me nourrit
mon pseudonyme est un masque et un projet qui me permet de me réapproprier moi-même

certes j'en fais un peu des caisses
d'autant que j'en rajoute encore un peu quand
je me surprends à lui dire que tout cela n'est pas négociable
elle me rétorque qu'elle ne peut pas faire d'exception la grande poétesse
qu'il faut que je la comprenne
que sa déontologie est en jeu


alors ne prenons surtout pas de risque lui dis-je et restons-en là

deux jours plus tard elle me recontacte
elle a bien réfléchi
elle aime vraiment trop mon poème
elle accepte mes conditions
elle compte sur ma discrétion pour  que cela ne s'ébruite pas
je promets de garder le secret 
et je la remercie
traduire par rien à foutre de ces conneries
traduire par pitié passons à autre chose

juillet
le fanzine est mis en ligne
et il est très réussi je dois dire
modeste et intense
textes disparates et néanmoins cohérents
parfaitement enrichis qui plus est
par une iconographie pertinente

septembre
on me demande d'être rédac chef d'une revue numérique

manière de renvoyer l'ascenseur
je propose à la grande poétesse de figurer au sommaire
je reçois un mail dans la foulée
elle est positivement ravie 
elle est absolument enthousiaste
elle me demande juste le montant de sa rémunération