dimanche 26 février 2017


là où il y avait ma vie

chuis triste 
chuis triste et sereine 
chuis triste et paresseuse et angoissée
là où il y avait ma vie
il y a un trou maintenant
un trou défendu par les fonctionnaires
un trou protégé par la loi
une loi votée par la municipalité au profit des agences de la violence immobilière 


je lis beaucoup en ce moment
à l écart de tous et à l'écart de tout
et si ça fait toujours encore un peu mal quand je tousse
j'ai quand même pris le temps de pirater leur putain d'électricité
le genre de truc qui va accélérer ma cicatrisation
je le sens bien

je lis beaucoup mais chuis encore prête à envoyer bouler toute ma bibliothèque pour aller scandaliser cinq minutes le monde parfait de la mafia légale qui s'enrichit à me précariser
à me criminaliser
à me rêver criblée de dettes
leur catéchisme médiatique voudrait me changer en meuble 

ils s'y emploient d'ailleurs comme je m'emploie à les contrarier
il n'y a plus que moi désormais par ici
moi et les oiseaux et les fenêtres brisées
et mes déplacements en scred dans les tunnels étoilés de la ligne zéro






nuit de la pleine lune à la Cave Poésie/janvier 2017/ photos Pénélope Corps

jeudi 19 janvier 2017

mots clefs n 42

quand ils bossent ils bossent
quand ils font la teuf ils font la teuf
révolution & hyperinflation
c'est pour ça que chuis restée moi
et c'est exactement pour ça que chuis partie
...Europe 
...Russie
...nouvel organigramme
...nouvel organisme de crédit
chuis ptêt un peu débile
mais vos normes j'en veux toujours pas

dimanche 1 janvier 2017

Thomas

Il sait qu'il ne sait rien
Il n'en fait pas une habitude
Il n'en fait pas toute une histoire
Il n'a pas renoncé à l'expérimentation lui
contrairement à certains psychologues
à certains astrophysiciens
contrairement à Pierre-Yves son père
qui profite de son immense savoir pour lui refourguer discrètement les pires contre-vérités 
le ciel s'étoile par dessus les excavations du chantier
rémugle de boue et de ciment
qui charge l'air de substances illicites
Thomas s'amuse à s'ennuyer
à célébrer l'absence de but en se caressant le sexe
dans la toute mignonne petite culotte de son ex
et faisant ça
il se met plus ou moins à chialer
autant dire que l'ordre
qu'il soit religieux ou militaire ne l'intéresse pas plus que ça
autant dire qu'il se réserve bien des désagréments sur cette terre de relégation
Thomas demandeur d'emploi

jeudi 22 décembre 2016

nous et le logo de nos coeurs

soliloque avec tout le monde
ou alors dialogue avec personne

il dit que les pyramides ne sont pas des tombeaux

que les archéologues nous mentent depuis des siècles
que certains artistes le savent bien qui ont le courage oui parfaitement le courage
de se ridiculiser en public
à la radio
il dit que le complot est gigantesque
que l'univers est un hologramme
et que grâce à des médias corrompus
l'oligarchie peut continuer à travailler tranquillement à nous trahir

nous l'humus

nous la vraie élite 
nous et le logo de nos coeurs
nous et nos maisons irréelles
nous et nos vies catastrophiques
nous
nous devons d'urgence réinitialiser nos rêves

il va quitter la rame du tramway 
mais juste avant il se retourne
gendre idéal
toujours aussi hâve de figure
ministre imaginaire 
qui se fend d'une ultime assertion

n'écoutez aucun conseil

y compris celui-là

vendredi 16 décembre 2016

en marchant vite ça se verra pas (à Pénélope Corps)

...
...
...
si tu ne désires rien
tu ne sais rien
je l'ai rêvée cette phrase
écrite en espagnol
gravée au couteau
sur une planche à découper
moi je ne parle pas l'espagnol
moi je suis l'anomalie 
moi je suis la de suite suspecte
ou alors la voleuse d'amour
ou alors la petite abandonnée
ou alors la gamine hybride 
éduquée par les bois
et la mémoire des pierres
et l'amour de sa maman
déficience mentale
en marchant vite ça se verra pas
elle dit ça maman
je vois que ça moi
mon ourlet défait
et les mille milices scientifiques qui vont avec
souvent
souvent tous les jours
souvent à la même heure 
j'échoue sur la presqu'île
où les mots me mâchent
mais j'écris pas moi je marche et puis je crie
et puis je creuse la nuit avec mes doigts
et puis je me creuse moi
et puis plus rien
j'aime pas les poèmes putain
j'aime pas les poèmes qui parlent de poésie putain
<br>
<br>
trop tard

vendredi 2 décembre 2016

la ville fait des cercles

la ville fait des cercles
la ville est connue pour ça
la ville fait des cercles
ou alors c'est la nuit
ou alors c'est moi
fait toujours nuit avec moi
paraît-il
ou alors il pleut
ou alors les deux
et puis y a de la tendresse
et puis y a quelqu'un qui vomit
Loïc peut-être
célibataire sans ressource
ce soir il étouffe
peut-être à cause de Lucie
maman solo au smic
qui souffre souvent de spasmes
surbrillance du carrefour giratoire
les bus ne prennent plus de voyageurs
et les chiens la ferment enfin leurs gueules
tel un prince en exil
je sors de la supérette en m'éloignant
de l'haleine des gens
de leurs matchs
de leurs messes
et pars un peu rêver la vie

au bord du fleuve
un petit quart d'heure
épouser la rouille
et que soudain plus rien ne me manque

dimanche 27 novembre 2016

Patrick

il est artiste-peintre
se présente comme un païen
il vit dans des constructions modulaires
sur un immense terrain vague 
non loin de l'aéroport

il peint principalement des portraits de poètes 
des portraits de poètes blancs si possible non-juifs
des portraits de dessinateurs de bandes dessinées aussi
ou de hauts fonctionnaires nazis

il a du mal avec les femelles
il a du mal avec les métis
il ne croit pas au métissage
il ne croit pas à l'influence japonaise sur l'oeuvre de Vincent Van Gogh
il ne croit pas non plus que le plus ancien squelette d'hominidé
ait été retrouvé en Ethiopie 
propagande il dit
en reniflant trés fort
vraiment trés trés fort

il a également beaucoup de mal avec les prénoms
j'ai mis à peu prés trois ans avant de connaître le sien 
Patrick 

Patrick ne dit jamais bonjour
et quand quelqu'un lui dit bonjour
il répond
"on va dire ça"
en reniflant très fort
vraiment très très fort

il est super content que je sois désormais membre de la Sacem
(merci à Margot du groupe Delmar)
grâce à ça 
il est persuadé que je peux faire favorablement impression sur un éditeur

sinon il vient juste de finir une petite cabane pour que ses quatre  chats y puissent dormir cet hiver
et il les appelle comment ses chats hein ?
ben les chats
Patrick a beaucoup de mal avec les prénoms

Mathilde

elle a de très bons gènes
elle en convient
elle n'en fait pas toute une histoire
même si elle fait super gaffe à son alimentation
peu de sucres
pas trop de glucides
et pas du tout de viande
un de ses grands plaisirs dans la vie
c'est de traîner en pyjama de flanelle 

et d'explorer la bibliographie de Margaret Atwood en croquant quelques morceaux de chocolat à la lavande
l'argent n'a jamais été un moteur pour elle
en revanche l'indépendance financière a toujours été une priorité
elle a parfois eu de la chance
elle a parfois été bien inspirée
mais c'est d'abord son ardeur au travail ainsi que sa créativité qui lui ont permis d'apprendre rapidement de ses erreurs
la drogue l'alcool la flambe
les mecs persuadés de coucher avec elle simplement grâce à leurs belles gueules
elle a très vite trouvé ça sordide
et dans son milieu
beaucoup ont trouvé ça sordide
qu' elle puisse trouver ça sordide
l'humanité est tellement insipide
qu'elle étudie le moindre contrepoint qui lui paraît rafraîchissant
elle n'est pas vraiment inquiète de sa date d'expiration
non pas vraiment inquiète
car elle aime toujours autant s'instruire et ne porte jamais de culotte


COLLECTION METEQUE :TOSHIHIRO OKADA.

Le livre de Jean-François Dalle est un chef d'oeuvre collectif. Orchestré d'une main puissante et caressante, il donne à voir les photographies hallucinantes, bouleversantes, grinçantes, mouvantes de Toshihiro Okada (black opal), artiste inconnu au Japon - C'est pourquoi ce livre fera date (ou devrait faire date) dans l'histoire de l'art. Accompagnant les photos, quelques textes (onze auteurs) ouvrent des perspectives, les ferment, clouent le bec aux tartineurs modernes par l'économie des mots, les phrases qui claquent comme portes en fer. Dans les noirs et blancs de Jean-François Dalle et d'Okada, ce sont les formes du monde qui se mélangent, aspirées, déplacées, laissent un bon gros noir profond derrière. Tout à redessiner dans un sourire édenté. Avec des textes de Marlene Tissot, Léonel Houssam, Séverine Castelant, Heptanes Fraxion, Nadine Jannsens, Marianne Maury Kaufmann, Werner Moron, Geneviève Paclerc, Thomas Vinau, Clemence Rose, Nicolas Albert G.
42 euros ? un cadeau vu le travail, l'objet. Un peu comme un coffret deluxe du velvet underground qui aurait été acheté en 66, voilà ce que j'en dis.
Disponible sur commande sur http://www.revuemeteque.com/static/collection-meteque/
Soirée de lancement le 29 novembre à la librairie Libres Champs Léa dans le 6ème arrondissement parisien:
https://www.facebook.com/events/170860840041366/


NAG