mardi 16 janvier 2018

cairons

les bonnes chaussures il les a pas
les mots qui vont bien non plus

expériences manutentionnaires
il dit oui au chaud
il dit oui au froid
il dit oui aux heures
il dit oui à la poussière qui fatigue les poumons
il dit oui aux cairons au bout du couloir
il dit oui aux personnes âgées qui en ont marre des jeunes démissionnaires
aux personnes âgées qui lui coupent sans arrêt la parole


pas possible
pas de place
sa candidature est mise en vivier


dingue de vie
plus il essaye de comprendre 
plus il se sent nul
entre lui et son père c'est pourri depuis des années

dingue de vie
qui bouge pas d'un pète mais qui va quand même beaucoup trop vite

ça y est 
la lumière s'en va
bazar de tout 
bazar de la nuit
bazar des rêves qui ne font plus rêver
la lumière s'en va
sirop à la codéine

mercredi 10 janvier 2018

diadème

du gruyère
deux boites de sardines
du vin blanc
du chocolat noir
du vin blanc
des sacs poubelles

du vin blanc

j'essaie de me montrer sous le meilleur angle je n'en trouve pas
je laisse tomber
ça et le côté tassepé des saintes

ce système  est une erreur qui me transforme en anomalie
primordial que je me forme à la joie de gruger

la boulangère qui a toujours une anecdote sur Charles de Gaulle
me confie qu'il y a des journées quiche ou des journées pizza
aujourd'hui c'est pizza
elle n'a pas d'explication
elle n'en cherche pas

j'écoute plutôt ce que racontent les murs
et les bennes de chantier
qui disent que Ludo est nul aux fléchettes
qui disent marche ou rêve 

qui disent errance et sexe anal
qui disent boules de feu contre les condés
les murs plutôt que les vitrines enjoignant au sourire et à l'amour

unité de temps mais jamais au même endroit

Dame Lynx a plein de projets depuis qu'elle ne se projette plus
plein de projets sans moi
elle ne me dit plus qu'elle pense à ma barbe 

à ma peau qui sent toujours bon même quand elle pue
à mes yeux qui font les couillons
et que c'est trop bien les vacances avec moi
elle dit qu'elle n'y arrive plus
qu'il faut qu'elle se protège
qu'elle a besoin d'espace
qu'elle a besoin de se retrouver


la femme qui m'aimait trop ne m'aime plus du tout
dont acte

statues habillées que les petites bourges sous substance
statues habillées que les zonards soûls sous la halle en travaux

il y a un bruit bizarre
ça vient d'ici

non ça vient de là-bas
non ça vient de la gare
non ça vient de ma tête

le jour de Noël
je traverse la ville de part en part
six bornes le plexus en lambeaux
le ventre troué par la nostalgie de nous-mêmes
notre histoire est partout
chialer sans chialer c'est comme être ivre sans boire
neige fondue dans ma binouze

ici un monsieur se cure l'oreille avec la branche de ses lunettes
ici un trisomique pleure d'un seul oeil
ici un berger moustachu parle d'une voix efféminée
ici une nana repose son hamburger afin de picorer des petites
saucisses de Strasbourg
ici la dame férue de psychogénéalogie ne discute plus avec les gens qui ne veulent pas apprendre
elle les laisse dans leur merde 


il y a toujours quelque chose qui se passe dans le ciel
raton-laveur d'étoiles ou bien giboulées de mars en décembre

historiquement personne ne sait grand chose
alors autant rester disponible au merveilleux
douceur qui transperce
douleur qui transporte
livres qui consolent

les perspectives qui se dessinent sont les mêmes que celles qui disparaissent
exactement les mêmes
jouissance jusqu'à l'anesthésie
ou comment faire de son deuil un putain de diadème 

mardi 9 janvier 2018

épiphanie

Alessandro est arrivé en Bolivie
il bosse dans le bâtiment
pour financer la suite de son périple
il aide à construire un village destiné à d'anciens détenus ainsi qu'à leurs familles

j'ai encore rêvé que je faisais rire Dame Lynx
avec mes conneries
bien-être fou et puis réveil en larmes
faudrait peut-être que je me renseigne sur les effets secondaires de ce somnifère

Jim me dit qu'un label punk lillois serait intéressé de faire figurer notre morceau Papa fait moi jouir sur sa compilation de lancement
Jim n'y croit pas beaucoup aux compilations de lancement

temps relativement doux joli soleil voilé

(toujours pas de nouvelles de mon frère)

lundi 1 janvier 2018


il n'y aura pas d'exil

moment fondateur
cette rouquine te fascine
ses cheveux décochent des flèches
chignon défait qui te fait foncer le coeur

et sa façon de marcher aussi
et sa façon de parler aussi
et sa veste que tu as essayée pendant qu'elle dormait
elle te l'offre
danse de la rencontre

sur ordre de ta mère
ton frère aîné te gifle
et pour ça et pour d'autres raisons évidemment
schémas qui se reproduisent
dressage des sentiments
les larmes des anges sont parfois des crachats

culture et tradition
leurs rituels
leurs fêtes
6000 ans de synonymes pour justifier l'humiliation faite aux femmes

le présent
c'est tout ce qu'il te reste
récit sans histoire

dans ce monde qui te renie
tu refuses de disparaître
il n'y aura pas d'exil
de toute façon tu n'es pas assez riche
il n'y aura pas d'exil
il n'y aura pas d'échange
il n'y aura pas non plus
de suicide honorable au raticide

silence des oiseaux dans la ville morte que tu arpentes
ville de baraques et de manoirs
tu es comme tout le monde
tu es différente
tu regardes à travers la neige
à travers les trous de la neige qui fond
tu remarques la neige sale en dessous

pluie à 6 degrés
vin à 12
pente à 5%
tes blessures ne te font pas mal
sauf quand elles te ralentissent
il en va de même de tes souvenirs

voix qui viennent des arbres
voix qui viennent

les mauvaises choses sont faites pour apprécier les bonnes
et bondir
et draguer
et faire vivre la beauté
et faire rire tes amies même si tu n'en as pas vraiment

soudain ton père te manque
sa vulnérabilité surtout
soudain ton père te manque
et tu as le visage triste d'être ici
tu ne sais pas trop pourquoi
peut-être à cause du temps
peut-être à cause de l'endroit
peut-être à cause du temps
peut-être à cause des rêves impossibles

chanson d'amour pour personne
musique de film qui n'existe pas

jeudi 28 décembre 2017


le jeudi souvent je dévie (2011)

le jeudi souvent je dévie
souvent vers la gare centrale
souvent vers le bord du canal
sous la canopée des platanes
je me cale à la bière
je me confie à la dalle
je me colle à la pierre
à la tôle à la faille
la zone est en nage
le zoo a la rage
la BAC a les crocs
je bois des coups au goulot
parmi mes copains les parpaings
les petits rats de l'apéro
les baltringues les lascars
les trimards les narvalos
les pédés les charclos
les quidams dont je suis
l'argent ne fait pas le bonheur
alors que Laure oui
mais il n'est que huit heures et demie
le jeudi souvent je dévie

de quoi tenir


mercredi 27 décembre 2017

bordel de merde (1)

à l'heure qu'il est
avec le temps qu'il fait
la bière me boit
le feu m'éteint
je ne sens plus rien
et c'est bizarre
parfois c'est bien
y a grand soleil
mais fait pas beau
je rentre dedans
je monte en haut
je pense à toi
je me mets des doigts
en rêvassant
les yeux crevés
par les écrans
les clips déviants
changer de peau
je peux pas trop
bordel de merde
sourire en coin
nouveau tricot

passerelle (2013)

...10 000 ans...les étangs de boue...les étangs...les vastes étendues recouvertes...tout ça est loin maintenant...les dinosaures aussi...j'arpente les rues lessivées par les averses de la nuit...quartiers de viande...pâtés de maisons...flancs de colline...il fait doux...les derniers couche-tard se finissent à la bière...adossés contre les carrosseries...certains se coursent sur le goudron...se taclent par derrière...chemises déchirées...arcades ouvertes...d'autres enfin chialent leur mère sur un bout de trottoir...le visage crevé...la peau sale...les effluves perceptibles...en zone mixte...le maquillage saigne...et les nibards dégueulent...en zone mixte...les premiers lève-tôt se croisent...qui ont des poches au bout des bras...qui ont des poches au bout des yeux...et des yeux durs comme des œufs...des yeux qui parfois...ne sont pas vraiment au bon endroit...minuscules périples...un marché de plein vent se construit...un regard de jeune fille me fait sursauter le cœur...un regard ultraviolet aux propriétés antiseptiques...cette passerelle offre un point de vue inédit...sur les arbres et les toits...et la collecte des eaux pluviales...et le passé...qui ne passe toujours pas...  

dimanche 24 décembre 2017

Toulouse Noël 2017

Mais moi c'est une putain de tendresse (2001)

même les chiens ne m'aiment plus c'est rigolo
c'est même pour ça
que je partirais bien quelques semaines en week end
style maison de campagne à la mer
le temps que le bronzage fasse tenir en équilibre 
toutes les bosses de ma tête

c'est rigolo l'océan
ça manque un peu de trottoirs
ça fait que je suis de suite un peu paumé
mais c'est vachement beau les baïnes surtout

c'est rigolo tout le monde me prend pour DJ Henao
tout le monde croit que je vais mixer samedi
tout le monde s'imagine 
que si j'avais une bite aussi grosse que mon ego
ben je m'enculerais tout seul
que c'est même un fantasme mais non
attaquer les gendarmes à coups de caleçon
pendant mon arrestation
ça ouais c'est un fantasme

c'est rigolo ton petit cul de petite pute hypersensible
peut tenir caché derrière une petite boite de céréales
c'est rigolo mais c'est pas une raison pour me briser le coeur
kesse tu crois casser nos liens c'est pas facile
c'est comme couper des veines ça va pas sans peine

c'est rigolo en te regardant 
je me dis que le système semble parfait
surtout quand on en fait partie
que la France c'est mon pays mais que c'est pas ma patrie
et que je n'ai jamais tort
sauf des fois quand je te parle encore durant mon sommeil
somniloquie ça s'appelle

moi aussi je t'emmerde mon amour
mais moi c'est une putain de tendresse